04 novembre 2009
Propagande de basse intensité : Turquie
Le 15 octobre dernier, au saut du lit, l’auditeur du 7-10 de France Inter pouvait prendre connaissance d’une réjouissante nouvelle : au stade Atatürk de Bursa (Turquie), les ennemis jurés Turcs et Arméniens s’étaient réconciliés en tapant dans le ballon rond. Texto :
Cette soirée diplomatico-sportive a été de bout en bout d'une rare correction, ce qui tient peut-être en partie au fait qu'aucune des 2 équipes n'avait une obligation de résultat, étant déjà disqualifiées pour la coupe du monde. Mais cette même atmosphère de fête régnait également dans les tribunes où un lâcher de colombes blanches, 10 min avant le début de la rencontre, a suscité une salve d'applaudissements. Autour du stade même ambiance, des jeunes supporters sont un peu vexés de ne pouvoir entrer parce que la police voulait éviter de laisser les plus excités s'exprimer, mais ils affirment ne rien avoir contre les visiteurs, à qui ils souhaitent même bonne chance ! (...) Dans leur tribune découverte, les 2 présidents ont devisé et souri comme de vieux amis, le chef de l'état turc lançant : "nous n'écrivons pas l'histoire, nous la faisons". L'équipe nationale turque s'est facilement et logiquement imposée, tout comme l'évidence d'une réconciliation désormais bien en marche entre les deux pays.
J’en étais resté à cette carte postale (qu’on retrouve sur le site de la filiale RFI), lorsque je suis tombé sur la version du Figaro, intitulée « L'hymne arménien conspué avant Turquie-Arménie ». Extraits :
Mais rien - pas plus l'importante mobilisation policière, que les demandes du speaker ou qu'un symbolique lâcher de colombes en signe de paix - n'a pu empêcher les sifflets. A l'ouverture de la rencontre, l'hymne national arménien a été copieusement hué par les spectateurs turcs.(…) Signe de la tension marquant cette soirée, un bus transportant des journalistes arméniens, dont la journaliste de l'AFP, a été bombardé de pierres par des dizaines de fans, alors qu'il approchait du stade.(…) Le pays hôte voulait pourtant éviter les débordements. Dans cette grande ville de l'Ouest, un des foyers nationalistes les plus virulents de Turquie, 3.000 policiers avaient été déployés. Ces derniers jours, à Bursa, un syndicat de la fonction publique avait fait campagne contre la venue de Serge Sarkissian (*) et 15.000 drapeaux azéris (**) ont été distribués dans les rues.
(*) Président arménien.
(**) Une partie de l'Azerbaïdjan, pays cousin de la Turquie, est occupée par l'Arménie.
Encore heureux, nous apprend France 24 (qui confirme au passage les bordées de sifflets), que « la moitié [des places du stade] a été distribuée à des policiers ou militaires en civil » !
D’un côté, un match de bisounours, de l’autre, OM-PSG en Anatolie ! Comme le dit leur réclame, France Inter, c’est vraiment « la différence » !
C’est une excellente nouvelle que les chefs d’Etat de deux nations au si lourd contentieux que la Turquie et l’Arménie fassent un geste d’apaisement. Mais pourquoi nous raconter un conte de fées ? Pour rassurer les citoyens français, ces irresponsables capables de rejeter un merveilleux traité constitutionnel et inutilement inquiets de l’extension inexorable des frontières de l’Europe vers l’instable Asie mineure ?
Il est en tout cas permis de se demander, en pleine campagne de communication pro-turque (baptisée « saison de la Turquie en France », avec illumination de la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau turc , char turc paradant à la très parisienne « technoparade » ), si une radio du service public est un outil d’information objectif ou un organe de propagande au service du Système.
"Laissez-moi être clair : les Etats-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l'Union européenne", s’était exclamé le messie planétaire Barack Obama devant le parlement turc, le 6 avril 2009. Ce qui le place dans la stricte continuité de son prédecesseur, W Bush (Nous sommes profondément d'avis que la Turquie devrait devenir membre de l'Union européenne).
Je crois que c’est clair.
19:32 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, turquie, europe


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Commentaires
le diagnostic de cette situation me paraît être le suivant: depuis les années 80, le journalisme consiste de moins en moins à restituer les faits tels qu'ils sont avant de commencer à les analyser avec son propre spectre politique ou celui de son journal. Une telle démarche éprouvée par le premier Beuve Méry et toute une lignée de journalistes, nécessite bien entendu des investigations et du travail et enfin une certaine honneteté quand au moment d'analyser, il faut préciser sous quelle lumière on le fait. Elle a l'avantage de permettre au citoyen de se faire son idée en comparant plusieurs analyses. C'était avant....Le quotidien de référence a initié une autre démarche qui consiste à présenter immédiatement les faits avec le spectre"qui convient". On en arrive à une insipide bouillie qui a gagné également "le monde des livres". Comparez donc ce "monde des livres" avec "la quizaine littéraire" qui elle, n'est ni prisonnière d'un réseau politique ou de financiers pesant sur sa ligne éditoriale. Comparez donc l'analyse du même bouquin faite par les deux journaux. Il n'y a très souvent "pas photo"! En terminant la lecture de la quinzaine, vous savez de quoi parle le livre, quel ton il a, quelle problématique il soulève, quelle atmosphère l'empreint et pour vous faire une idée, vous avez même droit à des extraits judicieusement choisis. Dans "le Monde des livres", vous aurez un avis esthétique du rédacteur de l'article du même acabi que ce qu'on trouve dans Elle. On souhaite vous faire apprécier le style du rédacteur, son avis forcément éclairé parce qu'il "pense bien". Mais d'humilité devant le livre, ne cherchez pas, vous n'en trouverez, sauf exception, aucune. C'est un peu la même chose sur la matinale de France Inter. Le ton est impertinent et il est de bon ton de prendre cela pour du courage vis à vis d'un pouvoir, certes peu reluisant, mais qui n'est pas une dictature. Mais quant au fond, il est convenu et attendu: vive l'Europe, vive Obama, haro sur le français moyen qui ne comprend rien à l'ouverture, étroit d'esprit qu'il est, vive l'écologie etc et comme par hasard, on ne pratique guère la diversité des chroniqueurs: Guetta chante l'Europe, Goix loue Ségolène, Colombani fait son ménage chaque vendredi.
Tout un chacun a loué Lévi Strauss à l'occasion de sa disparition mais il serait bien avisé de le lire attentivement puis de tenter humblement de se rapprocher de sa rigueur et de sa finesse: ça nous changerait! merci d'apporter un peu d'air dans ce monde étouffant du politiquement correct. On se demande toujours si on a atteind le fond, aussi quand on croise des lignes qui témoignent d'un peu de recul et de réflexion, on se sent moins seul!
Ecrit par : claudio | 06 novembre 2009
Bienvenue au club, Claudio !
Pour ce qui est du "quotidien de référence", l'esprit de Beuve- Méry semble l'avoir quitté peu après la retraite de ce dernier, en 1969 (Michel Legris l'a constaté dès 1976, dans "Le Monde tel qu'il est").
Après, comment distinguer l'incompétence de la désinformations ? Il y a très certainement un peu des deux. En tout cas lorsque certains articles ou reportages sur des thèmes clés du Système(ici la construction Européenne) paraissent trop beaux pour être vrais, il est permis de soupçonner la deuxième.
Et pour ce qui est de France Inter, c'est devenu la parfaite illustration de l'alliance objective entre l'impertinance gauchiste de salon et le libéralisme mondial, symbolisée par Vil... pardon, Val.
Si la récupération est un signe de reconnaissance, feu Levi-Strauss sera honoré d'avoir été cité en référence par deux camps opposés sur le thème de l'identité nationale : Aubry et le site "identitaire" fdesouche ! (et leur conseillerait sans doute à tous deux de le relire plus complètement).
Ecrit par : Marek | 06 novembre 2009
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