13 novembre 2009

Domenech : carton rouge !

« Le football n'est pas une question de vie ou de mort. C'est plus important que cela ». Ainsi parlait l'écossais Bill Shankly, le mythique entraîneur de Liverpool (1959-74). Les financiers qui ont pris le contrôle du plus universel de jeux (jusqu'à rebaptiser les stades du nom de leurs boîtes : Allianz Arena, Mercedes-Benz Arena, Emirates Stadion... ça fait rêver, hein ?) ne sont pas loin de partager cet avis.

Survivances d'un monde désuet d'états-nations (ces obstacles au Remembrement Economique Mondial qu'on nous prépare), les confrontations entre équipes nationales continuent pourtant de faire vibrer les foules. Et les Français, bien qu'ils n'aient pas le football chevillé à l'âme comme les Brésiliens, les Anglais ou les Italiens, comptent quelques manchots pas trop maladroits, plusieurs dizaines d'entre eux étant même salariés de clubs des plus grands championnats européens. Rien ne prédisposait donc une sélection de nos meilleurs éléments à terminer bon derniers du championnat d'Europe 2008 (1 point, 1 but marqué et 6 encaissés en trois matchs). 

Voilà ce qui arrive lorsqu'on confie un bolide de course à un chauffeur d'autobus !

A la veille de ce naufrage collectif, l'Equipe Magazine (19 avril 2008) nous révélait tendrement le « vrai » Domenech (comparez avec l'odieux traitement réservé dix ans plus tôt à ce pauvre Aimé Jacquet, par L'Equipe de l'ancien trotskyste Jérôme Bureau), issu d'une famille d'anarchistes catalans. Son frangin, Albert, évoque tranquillement comment « papa racontait comment eux, républicains, sortaient des églises les curés rangés aux côtés de Franco pour les fusiller » (« républicains » n'étant pas le terme approprié pour désigner les assassins de civils désarmés - 7.000 religieux, femmes et hommes, furent ainsi exécutés par les « rouges » pendant la guerre civile espagnole). Se retrouvant dans le camp des vaincus, notre gentille famille partit se réfugier dans « la France de Léon Blum », où elle se retrouva dans un « camp gardé par des tirailleurs sénégalais qui les faisaient avancer au gourdin », avant de s'installer, après la guerre, à Lyon : « Un bidet, on n'en avait jamais vu, on était d'origine modeste », larmoie le frangin (on a tendance à l'oublier, mais les « cités » ont représenté pour nombre de foyers modestes l'accès au confort moderne, avant de sombrer aux mains des narco-pyromanes).

C'est à Lyon qu'est né, le 24 janvier 1952, Raymond Domenech.

Footballeur, Domenech fut un fruste défenseur surnommé « le boucher » pour, raconte-t-on, avoir brisé la jambe d'un adversaire lors de son premier match en 1970. En fait, le coupable était un de ses coéquipiers, mais Domenech a laissé dire, histoire de se bâtir une réputation de dur à peu de frais. C'est son côté franc, un peu comme lorsqu'il tenta d'écouler des billets au black pendant la Coupe du Monde 1994, à Boston, avant d'être menotté et conduit au poste. La honte : à l'époque, Domenech entraînait très officiellement l'équipe de France espoirs (les moins de 21 ans), avec laquelle il n'a strictement rien gagné en 11 ans, malgré un génération de joueurs exceptionnelle : Anelka, Cissé, Dugarry, Evra, Govou, Makelele, Mexès, Sagnol, Thuram, Trézéguet, Zidane et j'en passe. N'y avait-il vraiment personne d'autre à qui confier les « Grands Bleus » à l'été 2004 ?

Dès sa prise de pouvoir, Domenech fait « du passé table rase ». Le staff technique est liquidé et les glorieux anciens, dont Zizou soi-même, se voient indiquer la sortie. Un an de navigation à vue plus tard, incapable de battre des adversaires aussi considérables que l'Irlande, Israël ou la Suisse, l'astrologue Domenech doit piteusement rappeler Zizou and Co au secours de la patrie en danger. Sur leur lancée, les glorieux anciens vont encore nous gratifier de quelques mémorables salves d'adieu contre le Brésil, l'Espagne, pour n'être battus qu'en finale de la coupe du monde 2006, par l'Italie (et un peu par Zidane : sa quatorzième expulsion, tout de même).

De cette équipe (Barthez - Sagnol, Thuram, Gallas, Abidal - Makelele, Vieira, Zidane, Malouda - Ribery, Henry), il ne sont plus que trois : Abdial, Ribery et Henry. Et pendant trois ans, Domenech va à nouveau faire montre de son savoir-faire de sélectionneur :

Ainsi, en attaque, on n'a plus revu Trézeguet depuis 2006. En 2008, il finissait pourtant second meilleur buteur du Calcio. Et que manquait-il à Giuly, titulaire depuis 15 ans à Lyon, Monaco, Barcelone (3 ans), Rome et PSG, clubs pour lesquels il a marqué plus de 130 buts ? Au milieu, sans remonter aux embrouilles avec Pirès qui a disparu de la circulation dès 2004 malgré ses  prestations avec Arsenal, le phénoménal Gourcuff, qui brillait déjà en 2005-06 au point d'avoir tapé dans l'œil du Milan AC, a attendu trois ans sa première sélection, alors que Domenech nous a par ailleurs gâtés en expériences foireuses à tous les postes (Mavuba, Zebina, Jurietti, Meriem, Chimbonda, Faubert, Diaby, Piquionne etc.). Quant au Marseillais Cheyrou, un des meilleurs milieux du championnat, à 28 ans, il peut toujours attendre. Côté défense, Domenech a emmené à l'Euro 2008 Diarra et Boumsong, pas même titulaires dans leurs clubs anglais respectifs (qui s'en sont débarassés en cours de saison) et le pré-retraité Thuram (36 ans). Mais ni Mexès, titulaire de l'AS Roma (vice-champion d'Italie et vainqueur de la Coupe nationale), ni Sagna, qui brillait sur l'aile droite d'Arsenal, ni Escudé ou Squillaci, piliers de la défense de Séville, la meilleure de la Liga après celle de Barcelone depuis deux ans. Enfin, dans les buts, après la retraite internationale de Coupet, Domenech s'est obstiné à titulariser un Mandanda dont le placement et les sorties font le régal des buteurs adverses (11 buts encaissés pour ses 7 premières sélections : Coupet en avait pris 5, Barthez 3...). Brouillé avec Frey (élu meilleur gardien du Calcio ces trois dernières années, devant le légendaire Buffon !), qui n'a pas digéré son statut de remplaçant, Domenech semble se demander s'il doit titulariser le jeune (22 ans) et brillant Hugo Lloris, élu l'an passé meilleur goal du championnat pour sa première saison à Lyon.

Certes, objecterez-vous, un sélectionneur ne se contente pas de choisir les onze meilleurs joueurs du moment, il lui appartient avant tout de composer l'équipe la plus complémentaire. Au demeurant, certains absents comme Frey, Mexès ou Escudé ont semblé donner raison à Domenech par leurs médiocres prestations sous le maillot bleu. Mais tout de même, que de sélections (ou de non-sélections) surprenantes, que de joueurs bizarrement incapables de jouer aussi bien en sélection qu'en club ! Au point que le journaliste Eric Zemmour s'interroge même sur une possible "discrimination positive" (On n'est pas couchés, 08/11/08, avec Dhorasoo).

Parlons aussi du coaching (l'art d'ajuster sa recette en pleine cuisson) : lors de l'Euro 2008, face à l'Italie, le laborieux Abidal se fit expulser et sanctionner d'un pénalty (double peine), mettant ses coéquipiers dans l'obligation de marquer pour espérer se qualifier. Et qui Domenech choisit-il de faire entrer en jeu pour percer l'hermétique défense italienne ? Un autre défenseur, le bon gros Boumsong ! Résultat ? Une second but pour l'Italie, e ritorno alla casa. Il est vrai que Monsieur avait la tête ailleurs : sitôt le match terminé, quelques millions de télespéctateurs médusés l'entendirent demander la main de sa compagne (la présentatrice Estelle Denis ; leur premier enfant est une fille prénommée... Victoire). 

Après ce naufrage, de pitoyables combines politique (et sans doute le coût de son licenciement) ont abouti à l'ubuesque maintien de Domenech sous tutelle d'un Club France 2010. Deux mois plus tard, après une nouvelle débandade face à l'Autriche (1-3), Raymond-la-science livrait ses brillantes analyses au micro de TF1 : il a des « impressions », mais ne veut rien dire de plus avant d'avoir vu la video du match ! Et ils le paient pour ça ? 

Finalement seconde de son groupe qualificatif pour la prochaine coupe du monde (derrière la Serbie), la France devra jouer deux redoutables matchs de barrage contre l'Irlande. A quelques jours du match aller, l'ancien attaquant des Verts d'Irlande, Tony Cascarino (88 sélections, deux phases finales de coupe du monde et six saisons en France sous les couleurs de l'OM et de Nancy), fait mouche : « J'ai vu quelques-uns des derniers matches de l'équipe de France et, franchement, je ne comprends rien à ce qu'il [Domenech] fait. Certains de ses choix sont étranges. C'est quelqu'un qui ne semble pas avoir d'idées, qui ne paraît rien maîtriser, qui esquive les questions, mais, surtout, avec autant de bons joueurs à sa disposition, il n'a toujours pas fait une équipe. » (L'Equipe, 12/11/09). 

Mais c'est sans doute de Michel Platini en personne qu'est venue la réflexion la plus cruelle. Après s'être livré à l'éloge de l'entraîneur adverse (l'immense Trapattoni, qui coacha Platoche à la Juventus), le président de l'UEFA y est allé de sa pelletée de terre : « Si [la France va au Mondial], c'est bien ; si elle n'y va pas, c'est qu'elle ne méritait pas d'y aller. (...) On aura un nouveau sélectionneur, une nouvelle équipe, et ça repartira » (l'Equipe Magazine 07/11/09).

En attendant, bonne chance les Bleus, vous en aurez besoin !

07 novembre 2009

Bilderberg 57

Comme l’an dernier, ils étaient 10 français invités à la 57e réunion annuelle des « Bildererg » ), qui s’est tenue en mai dernier en Grèce, dans un palace de la péninsule de Vouliagmeni, à  20 km au sud d’Athènes. Ce cercle de pouvoir, qui passe pour être le plus influent au monde, compte 20% d’américains (et, cette année, cinq turcs).

 

Outre l’essayiste et chroniqueur Nicolas Baverez, le PDG d’AXA Henri de Castries et le président de l’Institut Français des Relations Internationales Thierry de Montbrial, déjà présents en 2008 , ont été invités à débattre en famille :

 

Alexandre Bompard, énarque, fils de l’ancien président du club de foot de St-Etienne, cet ancien conseiller technique de Fillon puis directeur des sports de Canal+ a succédé Elkabbach à la tête d’Europe1 à seulement 35 ans.

Christine Lagarde, notre ministre des Finances a d'abord connu un parcours chaotique (études aux Etats-Unis, échec à Sciences Po et à l’ENA, DESS de droit social à la fac de Nanterre) avant de réaliser un brillant parcours au cabinet d’avocats américain Baker & McKenzie qu’elle présidera cinq ans. Elle fut également membre d’un think tank américain où elle coprésidera avec le fameux Zbigniew Brzezinski une commission « Action USA-UE-Pologne ».

Pascal Lamy, énarque, débuta sa carrière dans la fonction publique et dirigea le cabinet du président de la commission européenne Jacques Delors. Mais c’est avec l’appui de Chirac que ce socialiste a accédé en 2005 à la tête de l’OMC. Abonné à Bilderberg (2000, 2001, 2003, 2005).

Jean Pisani-Ferry, cet économiste fut conseiller de DSK et de Sauter aux finances, expert pour la commission européenne et le FMI, directeur du think tank économique Bruegel (qui associe de manière originale états et entreprises), entre autres. 

Denis Olivennes, normalien, énarque et agrégé de lettres modernes, cet ancien trotskyste passé par le cabinet de Pierre Beregovoy, ancien patron de Canal+ et de la Fnac et actuel rédac chef du Nouvel Obs, s'est vu confier par Nicolas Sarkozy un rapport qui a débouché sur le projet de loi « Création et Internet », « un texte profondément de gauche, parce qu'il défend les droits des artistes et des industries culturelles contre les industries des télécoms » (!)

Frédéric Oudéa, polytechnicien et énarque, a fait carrière à la Société Générale (après un passage au cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère du budget) et en est devenu cette anné le PDG, après l’affaire Kerviel.

Jean-Claude Trichet, énarque, conseiller technique du président Giscard d'Estaing, dircab de Balladur, directeur du Trésor puis de la Banque de France, président de la Banque Centrale Européenne depuis 2003. Déjà invité à Bilderberg en 1995, 1999, 2000, 2001, 2003, 2004 et 2005 (!)

Egalement annoncé, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, ne figure pas sur la liste. 

 

Le « journaliste indépendant » Bruno Fay a enquêté sur les Bilderberg. En 2005, il écrivait sur son blog (extraits et citations) :

« Bilderberg n’est pas un club de loisirs où l’on joue au bridge, c’est un lieu où l’on pense l’avenir du monde » (...) Pas de site internet, pas de conférence de presse, Bilderberg cultive la discrétion à l’extrême. (…) « La sécurité autour de la réunion [à Versailles, en 2003] était très bien organisée, il n’y avait aucune possibilité d’approcher à moins de 200 mètres de l’hôtel. Il était même interdit de prendre des photos, même en restant à l’extérieur du périmètre. » (…) Vous n’en avez jamais entendu parler ? Normal, quasiment aucun média n’en a parlé et les Versaillais eux-même n’ont rien su. (…) « Davos aime la couverture médiatique et la publicité tandis que le Bilderberg érige la discrétion en condition d’appartenance au groupe (…) « Ses participants appartiennent à un même groupe, ont fait les mêmes écoles, viennent des mêmes familles (...) Bilderberg dévoile d’abord la structure du pouvoir, les relations permanentes entre médias, politiques et économiques. (…) « Un activiste écolo m’a un jour parlé de Bilderberg, j’ai d’abord pensé que ce type était complètement fou ». (…) « Ils disent que c’est une réunion privée entre personnes privées mais c’est étrange car ils ont tous de lourdes responsabilités dans les affaires publiques et parlent de l’avenir du FMI ou de la Banque mondiale en présence de leurs présidents respectifs, de la libéralisation de l’Europe en présence des commissaires européens… »  (…) Alors, simple club ou gouvernement du monde ? (…) la Commission européenne a apporté malgré elle un début de réponse : «Pour ce qui est de la participation de membres de l’ancienne Commission aux réunions de Bilderberg, seules les dépenses de voyage et les indemnités journalières étaient à charge du budget de l’institution. » Lorsque les frais sont pris en charge par les contribuables de l’Union européenne, peut-on encore parler de ‘’club privé'’ ?

Quatre ans plus tard, Fay nuance : « Si les conférences du Bilderberg réunissent effectivement quelques unes des personnes les plus puissantes de la planète, si les débats restent en effet confidentiels et qu’ils portent généralement sur les thèmes politiques d’actualité, je ne crois pas en revanche à la thèse du complot mondial. Disons plutôt que le groupe Bilderberg est probablement l’un des plus puissants think-tank de la planète ».

Et pourquoi pas un salon de thé ?

PS - Je vous recommande les incroyables aventures de Daniel Estulin (« La véritable histoire des Bilderbergers », truffé de photos et disponible également à la Fnac), un journaliste « conspirationniste » canadien d’origine russe installé en Espagne qui colle obstinément aux fesses des « maîtres du monde » depuis plusieurs années.

 

Rajout (03/12/09) :

Le 12 novembre 2009, une semaine avant sa cooptation en qualité de « président » de l'UE, le premier ministre belge Herman Van Rompuy était auditionné par les Bilderberg (qui ne se rencontrent donc pas qu'une fois l'an).

En mars dernier, le vicomte belge Etienne Davignon, président honoraire du groupe, a affirmé que les Bilderberg avaient aidé à la création de l'euro dans les années 1990 (« it helped create the euro in the 1990s »).

Pas mal pour un "think tank", non ?

04 novembre 2009

Propagande de basse intensité : Turquie

Le 15 octobre dernier, au saut du lit, l’auditeur du 7-10 de France Inter pouvait prendre connaissance d’une réjouissante nouvelle : au stade Atatürk de Bursa (Turquie), les ennemis jurés Turcs et Arméniens s’étaient réconciliés en tapant dans le ballon rond. Texto :

 

Cette soirée diplomatico-sportive a été de bout en bout d'une rare correction, ce qui tient peut-être en partie au fait qu'aucune des 2 équipes n'avait une obligation de résultat, étant déjà disqualifiées pour la coupe du monde. Mais cette même atmosphère de fête régnait également dans les tribunes un lâcher de colombes blanches, 10 min avant le début de la rencontre, a suscité une salve d'applaudissements. Autour du stade même ambiance, des jeunes supporters sont un peu vexés de ne pouvoir entrer parce que la police voulait éviter de laisser les plus excités s'exprimer, mais ils affirment ne rien avoir contre les visiteurs, à qui ils souhaitent même bonne chance ! (...) Dans leur tribune découverte, les 2 présidents ont devisé et souri comme de vieux amis, le chef de l'état turc lançant : "nous n'écrivons pas l'histoire, nous la faisons". L'équipe nationale turque s'est facilement et logiquement imposée, tout comme l'évidence d'une réconciliation désormais bien en marche entre les deux pays

 

J’en étais resté à cette carte postale (qu’on retrouve sur le site de la filiale RFI), lorsque je suis tombé sur la version du Figaro, intitulée « L'hymne arménien conspué avant Turquie-Arménie ». Extraits :  

 

Mais rien - pas plus l'importante mobilisation policière, que les demandes du speaker ou qu'un symbolique lâcher de colombes en signe de paix - n'a pu empêcher les sifflets. A l'ouverture de la rencontre, l'hymne national arménien a été copieusement hué par les spectateurs turcs.(…) Signe de la tension marquant cette soirée, un bus transportant des journalistes arméniens, dont la journaliste de l'AFP, a été bombardé de pierres par des dizaines de fans, alors qu'il approchait du stade.(…) Le pays hôte voulait pourtant éviter les débordements. Dans cette grande ville de l'Ouest, un des foyers nationalistes les plus virulents de Turquie, 3.000 policiers avaient été déployés. Ces derniers jours, à Bursa, un syndicat de la fonction publique avait fait campagne contre la venue de Serge Sarkissian (*) et 15.000 drapeaux azéris (**) ont été distribués dans les rues.

 

(*) Président arménien.

(**) Une partie de l'Azerbaïdjan, pays cousin de la Turquie, est occupée par l'Arménie.

 

Encore heureux, nous apprend France 24 (qui confirme au passage les bordées de sifflets), que « la moitié [des places du stade] a été distribuée à des policiers ou militaires en civil » !

 

D’un côté, un match de bisounours, de l’autre, OM-PSG en Anatolie ! Comme le dit leur réclame, France Inter, c’est vraiment « la différence » !

 

C’est une excellente nouvelle que les chefs d’Etat de deux nations au si lourd contentieux que la Turquie et l’Arménie fassent un geste d’apaisement. Mais pourquoi nous raconter un conte de fées ? Pour rassurer les citoyens français, ces irresponsables capables de rejeter un merveilleux traité constitutionnel et inutilement inquiets de l’extension inexorable des frontières de l’Europe vers l’instable Asie mineure ?

 

Il est en tout cas permis de se demander, en pleine campagne de communication pro-turque (baptisée « saison de la Turquie en France », avec illumination de la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau turc , char turc paradant à la très parisienne « technoparade » ), si une radio du service public est un outil d’information objectif ou un organe de propagande au service du Système.

 

"Laissez-moi être clair : les Etats-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l'Union européenne", s’était exclamé le messie planétaire Barack Obama devant le parlement turc, le 6 avril 2009. Ce qui le place dans la stricte continuité de son prédecesseur, W Bush (Nous sommes profondément d'avis que la Turquie devrait devenir membre de l'Union européenne).

 

Je crois que c’est clair.

04 juin 2009

Elections, piège à c...

C’est l’UMP qui a tracté la première dans ma boîte aux lettres. A cinq jours du scrutin, il était temps. Et il aurait été dommage de priver les électeurs de ce morceau de bravoure de pure propagande.

 

En première page, cette sentence accompagne la photo de l’hyperprésident : « L’Europe de l’impuissance, la France n’en veut plus ». Une pub pour le Viagra ? Tournons la page :

 

QUAND L’EUROPE VEUT, L’EUROPE PEUT

 

Pas crier… Et elle veut quoi, l’Europe ?

 

NOUS VOULONS UNE EUROPE FORTE AVEC DES REGLES ET DES FRONTIERES

RATIFICATION DU TRAITE DE LISBONNE ET DEFINITION DES FRONTIERES DE L’UNION

INTERDICTION DES REGULARISATIONS MASSIVES D’IMMIGRES CLANDESTINS

NON A L’ENTREE DE LA TURQUIE

 

Le traité de Lisbonne !

Cette escroquerie de prétendu « mini-traité » qui entend imposer en douce aux peuples d’Europe le traité constitutionnel qu’ils avaient osé rouler en boule par référendum, comme on fait avaler des cachets au chat en les dissimulant dans sa pâtée ! « Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien ! » s’était lâché le député européen Jean-Louis Bourlanges (UDF), ancien membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe (France Culture, le 24/06/2007). « La substance de la Constitution est maintenue. C'est un fait », confirmait cinq jours plus tard la chancelière allemande, Angela Merkel, dans le Daily Telegraph.

Et la substance, c’est, excusez du peu : la libre concurrence gravée dans le marbre ; la primauté du droit européen (la moindre directive l’emporte sur les constitutions nationales, conformément à la jurisprudence de la Cour de Justice) ; l’extension du champ des décisions prises à la majorité à des dizaines de domaines tels que la politique étrangère, la coopération judiciaire et policière, les marchés intérieurs, les politiques sociales, l’énergie, la recherche… ; l’attribution d’une personnalité juridique à l’Union permettant à la Commission de se substituer aux états sur la scène internationale ; l’instauration de « droits et libertés fondamentaux » placés sous le contrôle de la Cour de Justice.

Que reste-t-il de leur souveraineté aux parlements nationaux ? Les impôts, l’éducation… pour le moment.

Le seul peuple autorisé à valider cette entourloupe, celui d’Irlande, osa se rebeller : qu’à cela ne tienne, il revotera. « Quand l’Europe veut »… 

 

Interdiction des régularisations massives d’immigrés clandestins !

L’immigration, cet appeau qui avait si bien servi Sarkozy en 2007 ! « Sur l'immigration, l'Elysée dispose d'études d'opinion qui montrent que cette question reste un thème "clivant" qui "parle" à l'électorat populaire» (Le Monde). Mais que RESF et les artistes des beaux quartiers se rassurent, ce n’est que de la gueule ! Car s’il n’y a plus eu de régularisations collectives en France depuis la circulaire Chevènement de 1997 et ses quelques 80.000 bénéficiaires, les régularisations individuelles n’ont pas cessé depuis : en 2006, le chercheur Patrick Weil, proche du PS, en estimait le nombre entre 25 et 30.000 par an. Quant aux 30.000 « éloignements » effectués en 2008 (à rapprocher des 97.000 « arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière » et « obligations de quitter le territoire français » prononcés en 2007), ils relèvent pour une bonne part de la prestidigitation : « Selon l'association Romeurop dont les chiffres ont été repris par le Canard Enchaîné, plus de 4.600 expulsés seraient des Roms, des bulgares et des roumains. Ces Européens représentent donc 40% des expulsés sur les cinq premiers mois de l'année [2008]. Or, ils ont tous bénéficié de l'aide au retour : 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. Et une fois qu'ils ont passé la frontière avec le tampon de retour apposé sur leur passeport, ils reviennent en France, puisqu’il n’y a quasiment plus de contrôle à la frontière entre les pays européens » (Source).

Car l’Europe, qui dicte sa politique à la France, n’entend absolument pas restreindre ses importations de main-d’œuvre sous-payable. En pleine crise et avec la perspective de plusieurs millions de chômeurs supplémentaires, le commissaire belge Louis Michel a annoncé la création de « job centers » en Afrique même ! Objectif ? 50 millions de nouvelles recrues pour « l’armée européenne de réserve des travailleurs » !

 

Non à l’entrée de la Turquie !

En public en tout cas. Parce que si Nicolas Sarkozy déclarait par exemple le 14 janvier 2007 au congrès de l’UMP : « A s'élargir sans limite, on prend le risque de détruire l'union politique européenne, je ne l'accepterai pas », il s’est  toujours bien gardé d’entraver concrètement le processus d’adhésion entamé le 3 octobre 2005, qui a déjà vu l’ouverture de 10 chapitres de négociation sur les 35 prévus dont... 8 sous sa présidence !

Ainsi, le « programme de travail de la présidence française de l’UE » (1er juillet-31 décembre 2008) prévoyait, concernant l’élargissement, que « la présidence française poursuivra les négociations en cours ». Dont acte : le 19 décembre 2008, le Conseil pouvait approuver l’ouverture de deux chapitres supplémentaires (dont celui concernant la libre circulation des capitaux).

Auparavant, le 21 juillet 2008, le Parlement français à majorité UMP avait voté la suppression de l’obligation référendaire prévue à l’article 88-5 de la Constitution pour « tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un Etat à l’Union européenne et aux Communautés européennes ». Désormais, « par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi » en se réunissant en Congrès. Ca peut servir…

Par ailleurs, la Turquie perçoit d’ores et déjà plus d’un demi-milliard d’euros par an au titre de l’ «aide à la préadhésion», et, depuis 2005, l’UMP siège tranquillement à Bruxelles aux côtés de l’AKP, le parti islamiste turc au pouvoir, devenu membre « observateur » du Parti Populaire Européen. En juillet 2008, ce même AKP avait échappé d’une seule voix à la dissolution par la cour constitutionnelle turque pour « atteinte à la laïcité ». Grâce aux pressions de l’Europe et des USA ?

 

Et à part ça, quel est le programme de l’UMP pour l’Europe ?

 

- Nous voulons une Europe qui maîtrise les marchés financiers : fin des paradis fiscaux

- Nous voulons une Europe unie face aux défis de l’énergie : création d’une centrale européenne d’achat du gaz

- Nous voulons une Europe Culturelle : instauration de la TVA à 5,5 % sur les produits culturels

- Nous voulons une Europe Verte : instauration d’une TVA à 5,5 % sur les véhicules propres

 

Et c’est tout ? Pas de baisse de TVA sur les slips bio ?

 

Comme disait un grand penseur du XXe siècle, Michel Colucci : « Ils voudraient qu’on soit intelligents, et ils nous prennent pour des cons ? »

 

Ainsi, l’UMP nous prend pour des veaux et n’a rien à nous dire sur la politique agricole commune, sur sa politique étrangère et sa politique de défense, sur la protection des économies européennes face à la concurrence sociale mondiale, sur la pérennité des services publics livrés aux lois du marché, sur les pouvoirs exorbitants d’une Commission de technocrates assiégée par des milliers de lobbyistes ou sur l’engagement de l’Europe dans une Union Euro-Américaine ! Serait-ce pas parce que les décisions de fond ne regardent plus les électeurs ?

 

Mais au-delà de l’UMP, ce sont le deux principaux groupes politiques au parlement européen, le PPE (dont fait partie l’UMP) et le PSE (dont fait partie le PS), qui, en 2008, ont voté dans le même sens sur 97 % des textes qui leurs étaient soumis, selon un décompte réalisé par le site villieriste « Observatoire de l’Europe », qui cite Max Gallo : «  Ils se chamaillent sur le perron pour faire oublier qu’ils se partagent la maison ».

 

Alors, dimanche, votez comme il ne faut pas ! Votez bleu, votez blanc, votez rouge, mais votez : c’est la meilleur façon d’enquiquiner le Système !

 

 

24 janvier 2009

Attali : le monde lui suffira

« Tout ce que vous proposerez, je le ferai », avait promis Nicolas Sarkozy à l’ancien sherpa de François Mitterrand, à qui il venait de confier l’inattendue sous-traitance de sa politique économique. Il y a un an, le 23 janvier 2008 Jacques Attali lui a rendu son pesant catalogue (316 « décisions », pas une de moins), dont même le Figaro a reconnu (24/01/2008) qu’il «suscite la polémique, tant il veut aller loin dans la déréglementation». «Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices», peut-on lire en introduction de ce barnum ultralibéral.

 

Fondatrices de quoi ?

 

Jacques Attali et son frère jumeau Bernard sont nés le 1er novembre 1943 à Alger. Leur père, Samuel Attali, un autodidacte de gauche, a fait fortune dans la bijouterie-parfumerie.

 

Le jour de leur onzième anniversaire éclate la Toussaint Rouge (1er novembre 1954), vague de plusieurs dizaines d’attentats terroristes contre la population civile, organisés par le FLN. En réponse, le ministre de l’intérieur, un certain François Mitterrand, tonne devant l’Assemblée Nationale (05/11/1954) : « la rébellion algérienne ne peut trouver qu'une forme terminale : la guerre ».

 

Malgré l’arrivée du contingent, la famille Attali juge plus prudent de s’installer en 1956 dans un coin plus tranquille de la France : le XVIe arrondissement de Paris. Jacques et Bernard n’ont plus qu’à traverser la rue pour rejoindre le très classieux lycée Janson-de-Sailly, fréquenté par d’autres futures stars de la gauche caviar, Laurent Fabius et Jean-Louis Bianco.

 

Sorti major de Polytechnique à 22 ans (1963), Jacques le surdoué fait ensuite Sciences Po et tente déjà (vainement) de proposer ses services à François Mitterrand (rencontré dans une boîte de nuit !). Il adhère alors à la SFIO sous la houlette de Jean-Pierre Chevènement, ce qui lui permettra en 1968 d’effectuer son stage ENA au cabinet du préfet de la Nièvre (le futur préfet de police de Paris Pierre Verbrugghe), le département de François Mitterrand. Sorti 3e de l’ENA (promotion 1970, Robespierre – tout un programme, celle de Philippe Seguin et Louis Schweitzer), il choisit le Conseil d’Etat, dont un membre éminent, Georges Dayan, finit par l’introduire auprès de l’homme politique de sa vie. Enfin conquis, François Mitterrand confie en 1974 au brillant inconnu le programme économique de sa campagne présidentielle. Et lorsque Tonton devient enfin président, le 10 mai 1981, Attali est nommé dès le lendemain « conseiller spécial », poste auquel il s’accrochera dix ans : « Pour se trouver quelques secondes de plus avec Mitterrand, il est prêt à changer de masque comme de rôle. Il fait donc tour à tour office de concierge, de gourou, de porte-coton, de dame de compagnie ou bien de professeur d’économie » (Le Président, Franz-Olivier Giesbert, 1990).

 

En 1991, faute d’avoir obtenu la présidence de la Banque de France, il se résoud à quitter l’Elysée. « Que ferais-je de plus dans un nouveau septennat ? Déjà quarante chefs d'État m'appellent par mon prénom » ronronne-t-il (rapporté par Jean-Pierre Elkabbach à Jean Daniel, Le Plan B, juin-juillet 2007). Quittant Tonton pour London, il prend la présidence de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), machine de guerre économique (qu’il a contribué à créer) visant à convertir au capitalisme les pays ex-communistes d’Europe de l’Est. Il en démissionne deux ans plus tard dans un parfum de scandale (construction d’un siège pharaonique de 560 millions de francs avec hall en marbre de Carrare, frais de bouche etc - L’Humanité, 17/07/1993), pour créer sa petite entreprise internationale de conseil en stratégie, qu’il fait prospérer grâce à un épais carnet d’adresses.

 

Autre marotte d’Attali, le microcrédit, qu’il promeut au prix fort en 1998 auprès du tyran congolais Sassou-Nguesso (dont je vous recommande la fiche Wikipedia ). En 1999, c’est sur la recommandation de notre brillant économiste (facturée 457.000 €) que Jean-Marie Messier allonge 1.2 milliard de dollars pour une entreprise polonaise de télécoms que Vivendi sera forcée de brader moitié prix trois ans plus tard, après le crash des technos ! (Le Plan B, juin-juillet 2007). Encore moins glorieux : « Placé en garde-à-vue mercredi 7 mars [2001] dans la plus grande discrétion, [Jacques Attali] a été mis en examen le lendemain soir pour «recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence». Il est notamment accusé d'avoir reçu dans des conditions suspectes, un million et demi de francs de la société de Pierre Falcone ». Libéré contre la modique caution d’un million de francs, le voici sept ans plus tard en bonne compagnie (Pierre Falcone, Jean-Charles Marchiani, Charles Pasqua, Paul-Loup Sullitzer…) à l’affiche du nébuleux procès de l’« Angolagate », qui s’est ouvert le 6 novembre 2008 (*).

 

Mais il n’y a pas que l’argent dans la vie. En 1998, alors que les islamistes multiplient les massacres dans son Algérie natale, Attali s’exalte : « Je ressens ce qui se passe  comme une guerre. A laquelle il faut réagir par tous les moyens possibles, y compris la création de brigades internationales (…). S’il fallait prendre sa part dans une bataille de ce genre, sans ridicule particulier, je le ferais » (relevé par lHumanité). L’année suivante, le 4 février 1999, notre va-t-en-guerre de salon exige une intervention militaire européenne au Kosovo (Le Plan B, juin-juillet 2007), alors même que Serbes et indépendantistes albanais vont entamer des négociations à Rambouillet (Le journaliste allemand Rudolf Augstein, du Spiegel, dira plus tard de cette rencontre mise en scène par l’Otan que « les États-Unis avaient posé des conditions militaires qu'aucun Serbe à instruction scolaire de niveau élémentaire n'aurait pu signer »).

 

Pour bien cerner l’univers idéologique d’Attali, il faut cependant se plonger dans sa foisonnante production bibliographique (occasionnellement plagiaire), où il décline sa vision du monde. Ainsi, dans son très intéressant opuscule «Une brève histoire de l’avenir» (2006) voit-on notre génie libéral passer en revue l’histoire marchande de l’humanité (où la France semble n’avoir jamais compté), usant et abusant de l’adjectif  « nomade » (jusqu’à décrire les attentats du 11 septembre comme un détournement de « moyens nomades (des avions de ligne) pour abattre des monuments sédentaires (des tours new-yorkaises) » !) avant de se livrer à une implacable et inattendue critique de l’Ordre Marchand mondial, appelé à se muer en un « hyperempire » maléfique. Ce marché global « déconstruisant les services publics, puis la démocratie, puis les Etats et les nations mêmes », loin d’assurer une prospérité planétaire (« l’Afrique de demain ne ressemblera donc pas à l’Occident d’aujourd’hui ; c’est bien plutôt l’Occident de demain qui ressemblera à l’Afrique d’aujourd’hui ») ne profitera qu’à une « hyperclasse » de quelques dizaines de millions d’égoïstes sans racines qui « s’intéresseront davantage (…) à leurs collections d’œuvres d’art, à l’organisation de leur vie érotique et de leur suicide qu’à l’avenir de leur progéniture » et « vivront dans des cités privées, à l’abri de murs gardés par des mercenaires ». Le contrat sociale réduit en confettis, « le monde ne sera alors qu’une juxtaposition de solitudes, et l’amour une juxtaposition de masturbations ». On s’y croirait déjà !

 

Seule alternative à l’« hyperconflit » suicidaire qui se profile : que « de nouvelles forces, altruistes et universalistes, déjà à l’œuvre aujourd’hui, [prennent] le pouvoir mondialement ». Une bienveillante « hyperdémocratie » mondiale dont l’Union Européenne est l’avant-garde…

 

On te voit venir Attali !

(*) PS (6 novembre 2009) - Jacques Attali a été relaxé au procès de l’ « Angolagate » : « la preuve n’est pas rapportée que M. Attali a pu connaître l’origine des sommes reçues ».

 

 

17 septembre 2008

Subprime time

Encore une victime de la fameuse «crise des subprimes» : lundi, c’était au tour de la quatrième banque d’affaires américaine, Lehman Brothers, de mordre la poussière. Le vénérable établissement, fondé avant la guerre de sécession par deux immigrés allemands, 47 milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2006 (l’équivalent du budget de la défense français), a jeté l’éponge après avoir avoué une perte trimestrielle de près de 4 milliards de dollars et vu son action fondre de 95% en douze mois.

Quelle tornade souffle donc sur le capitalisme financier mondial ?

A l’origine, de simples crédits immobiliers accordés à une clientèle plutôt fauchée (classée «subprime», le gratin bénéficiant du label «prime rate»), prêts risqués et donc plus chers (les taux sont majorés de 4 ou 5% : comme disait Coluche : «moins tu peux payer et plus tu payes» !), hypothécaires (le bien acheté garantit l’emprunt) et à taux variable (détail essentiel).

Au début des années 2000, tout concourt à une envolée des crédits hypothécaires : les taux de base sont ridicules (1%) et l’immobilier flambe (malgré des prix en hausse qui obligent à s’endetter davantage, le coût du crédit reste faible et les biens achetés se valorisent). Côté créanciers, on adore les subprimes : ça rapporte plus et, en cas de pépin, on revend facilement la maison hypothéquée après avoir jeté sur le trottoir le mauvais payeur qui n’a même pas les moyens de s’offrir un avocat.

Le phénomène de «titrisation» des crédits est également déterminant : il s’agit de la possibilité, pour la banque (ou tout établissement de crédit), de vendre ses créances - à l’insu de ses débiteurs - à un organisme spécialisé qui, en contrepartie, va émettre des titres négociables (genre des obligations), dont les acheteurs seront rémunérés par les intérêts payés par les débiteurs susnommés. Le crédit devient placement. Les banques transfèrent ainsi une part du risque inhérent à tout crédit, et surtout se refinancent, c’est-à-dire qu’elles récupèrent des fonds qui vont leur permettre d’accorder de nouveaux prêts. Par-dessus tout, l’imagination des financiers bat tous les records : titrisations, re-titrisations, futures, produits dérivés, ABS, CDO, RMBS… dans lesquels on retrouve des subprimes mélangés à tout et n’importe quoi. Même les analystes les plus prestigieux (Standard & Poor’s – not so poor, Moody’s) deviennent incapables d’évaluer le risque réel de certains de ces véritables OGM financiers avec lesquels jonglent les «hedge funds» (fonds spéculatifs) à coups d’«effets de levier» ou de «ventes à découvert», c’est-à-dire en recourant à l’emprunt. Gonflé !

Autre facteur et non le moindre : l’Etat américain lui-même, qui pousse les banques à accepter des clients de moins en moins solvables et autres «minorités» pauvres mal-aimées des créanciers. Parallèlement, deux organismes parapublics refinancent les banques à gogo : les désormais fameux «Fannie Mae» et «Freddie Mac», véritables monstres financiers qui détiennent ou garantissent au bas mot 40% des prêts immobiliers américains sans pour autant disposer d’un montant de fonds propres correspondant en contrepartie. Embêtant, en cas de pépin ! De fait, les voilà tous les deux en slip, et l’Etat se retrouve obligé de leur administrer une perfusion de 100 milliards de dollars. Chacun.

Les crédits immobiliers atteignent des sommets vertigineux (plus de 12.000 milliards de dollars aujourd’hui, presque le PIB américain). Et pendant que gooonfle notre soufflé infernal, la Fed (la banque centrale américaine) entreprend de refroidir la machine en portant le «loyer de l’argent» de 1 à plus de 5%, augmentant ainsi indirectement les mensualités payées par nos «subprimers» (je rappelle que ces pauvres blaireaux ont souscrit des emprunts à taux variable) et contribuant au repli du marché immobilier. Alors que les premiers clients se retrouvent rincés par la culbute de leurs mensualités (un sénateur a estimé entre 1 et 3 millions le nombre d’américains qui pourraient perdre leur logement), les créanciers commencent à devoir revendre à perte les biens expropriés, désormais surévalués par rapport au marché.

Et c’est ainsi que, globalisation du marché des capitaux oblige, des bombes à retardement «subprimes inside» se répandent dans le monde entier. En privé, les banquiers français en font des cauchemars : combien mes traders à la con m’ont il acheté de ces saloperies ? Les investisseurs n’attendent pas de savoir pour vendre : Dexia, le Crédit Agricole et la Société générale ont perdu les deux tiers de leur capitalisation boursière depuis 2006-2007, la BNP 40%.

Début 2007, les premiers établissements spécialisés font faillite pour de bon. En juillet 2007, ce sont carrément deux fonds spéculatifs de Bear Stearns qui partent au tapis, nécessitant l’intervention de l’Etat (facture pour le contribuable : 30 milliards). En Allemagne, un fond spéculatif d’une placide banque des PME (IKB) coule, lesté de 17 milliards de subprimes. La banque est sauvée in extremis, là encore par les milliards de l’Etat. Ce matin même, la Fed vient de renflouer le géant américain de l’assurance AIG de 85 milliards en échange de 79,90% de son capital : en français, ça s’appelle une nationalisation ! Comme celle à laquelle avait fini par se résoudre en février la très libérale Albion, pour sauver Northern Rock, sans que la commission de Bruxelles ne bronche. En Suisse, on découvre que la prudente UBS s’est encanaillée comme tout le monde, et la voilà qui demande des sous à… devinez qui ? Et s’il n’y avait plus les parents pour payer les dettes de ces merdeux ?

Financière à l’origine, cette crise (qui est loin d’être terminée) aura forcément des répercussions sur la consommation et l’investissement productif : emprunteurs ruinés, banques devenues frileuses…  Dans quelles proportions ? Optimiste, le CAC40 est en route vers les 4.000 points (contre 6.000 à l’été 2007).

Et pendant ce temps, les charognards profitent des soldes. En mars dernier, JP Morgan a racheté Bear Stearns, ranimée par l’argent public, pour seulement 1.3 milliard, soit 10 dollars l’action (elle en cotait 130 en 2007), après en avoir proposé… 2 (deux). Pour 50 milliards, la championne nationale Bank of America vient de s’offrir Merril Lynch, victime d’une hémorragie de 57 milliards (ou de 12 Kerviel), supérieure à son chiffre d’affaire annuel. Mais les plus forts sont les petits malins qui ont parié sur le retournement du marché immobilier et qui ont aujourd’hui des couilles en or (golden balls).

 

Crise des «junk bonds» en 1989 (les «obligations pourries» : risque maximal pour un profit maximal), bulle Internet en 1999... le mirage de profits infinis déconnecte régulièrement le capitalisme financier de l’économie «réelle». Alors que l’ensemble de la production mondiale est estimé à 54.000 milliards de dollars (2007), les transactions financières (devises, actions, obligations, produits dérivés etc.) s’élèveraient à 6.000 milliards de dollars… par jour ! Même si ce n’est pas comparable, appliquez donc ce ratio à vos propres revenus, juste pour voir.

 

En des temps reculés où les frangins Lehman ne faisaient que rêver de leur banque, Marxou annonçait que, de crise en crise, la «baisse tendancielle du taux de profit» finirait par avoir la peau du capitalisme. Il parlait du capitalisme industriel, et ne reconnaissait de valeur intrinsèque qu’au travail. Pour des tas de raisons (approximations analytiques, accession du prolétariat à la consommation de masse, développement des échanges internationaux…) sa prophétie ne s’est pas réalisée. Une chance, vu l’alternative qu’il proposait ! Il serait cocasse que le capitalisme financier finisse tout de même par lui donner raison un jour.

 

En attendant, la règle du jeu est simple : privatisation des bénéfices, nationalisation des pertes. 

11 septembre 2008

La faucille et l'euro

C’est la rentrée, les cocos ! Comme chaque année depuis 1930 (avec une pause forcée en 1939-44), l’Humanité organise sa traditionnelle mégateuf banlieusarde. Rappelons, si besoin était, que ce journal fondé par Jean Jaurès en 1904 est, depuis le congrès de Tours (1920) et l’éclatement de la SFIO, l’«organe» du PCF (ce qui était d’ailleurs clairement écrit dessus jusqu’en 1999).

L’évènement présente, certes, un aspect festif, avec merguez, frites et artistes «engagés» (et aussi de talent, j’y ai personnellement écouté Noir Désir, Johnny, Midnight Oil…), mais c’est avant tout un rassemblement politique rouge vif, avec ses stands des fédérations communistes de France et de Navarre, le meeting du dimanche avec la secrétaire nationale du parti et des débats qui annoncent la couleur (cette année : «l’actualité du communisme à partir du manifeste de Marx», «Avoir 20 ans en 68 et jeunes de 2008», «Salut les copains de 68», «Mai 68, ce n’est toujours qu’un début»…).

L’évènement mérite certainement une certain intérêt médiatique (ce dont il ne manque assurément pas), mais n’est-il pas extraordinaire qu’il reçoive carrément le soutien du service public de l’information ? Car, pour ceux qui l’ignorent, Radio France (société d’Etat qui gère les radios publiques) est, pour la troisième année consécutive, « partenaire officiel de la fête de l’Huma » ! Et pas en catimini : «Les chaînes du groupe s’installeront sur un studio spécialement aménagé sur 100 m². Plus de 30 heures d’émissions seront ainsi réalisées». «Depuis plus de 70 ans, la Fête de l’Humanité a pour ambition de multiplier les débats, de confronter les idées, de faire découvrir des cultures permettant de donner à tous les clés pour comprendre le monde dans lequel nous vivons» (bref, un bilan «globalement positif» ?), peut-on lire en se frottant les yeux (pas pratique…) sur le site internet de France Inter, qui a l’air d’avoir pompé celui de l’Huma.

Ceci étant, faut-il s’en étonner de la part d’un service «public» (France Inter, France3, AFP…) sensé informer le plus objectivement possible le citoyen, mais qui cache de moins en moins ses attaches partisanes ? Vous avez déjà entendu l'envoyée permanente de France Inter rue de Solferino, Françoise Degois ? Aux dernières élections des représentants des salariés au Conseil d’Administration de Radio France, les extrémistes de SUD sont devenus la deuxième force syndicale derrière la CGT, et le SNJ (Syndicat National des Journalistes, majoritaire dans la profession) a pour ainsi dire disparu.

Est-il normal en république qu’un service public financé par l’argent des contribuables soit l’allié objectif de courants politiques ? En France, apparemment, oui. Mais ce n’est pas le plus surprenant.

En 2005 encore, les camarades balançaient des œufs sur le social-traître Laurent Fabius. En 2008, l’Huma invite un sénateur UMP (Gérard Larcher) au «forum social», le ministre des relations avec le Parlement (Roger Karoutchi, un proche de Nicolas Sarkozy) à débattre du Grand Paris ou encore le secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants (le socialiste renégat Jean-Marie Bockel), qui inaugurera demain une expo aux côtés de Robert «Garden Dwarf» Hue (Le Parisien du 10/09/08).

Jadis, le comité d’entreprise d’EDF finançait en douce la fête de l’Huma. Aujourd’hui, plus besoin de truander : le Grand Capital se précipite à la fête de l’Huma : Alstom, EADS, Nestlé, Orangina, TF1, Total, Veolia etc. Ca vous étonne ?

A peine 1,93 % à la dernière élection présidentielle et des thèmes à la mode (décloisonnement du marché du travail mondial, promotion du bizness écologique…) : pourquoi voudriez-vous que le Système ait encore peur du communisme ?

Vous avez dit : idiots utiles ?

PS – La « vignette bon d’entrée » à la fête de l’Huma est évidemment disponible à la
FNAC, temple marchand fondé en 1954 par des trotskystes (André Essel et Max Théret, ce dernier ayant même été le garde du corps de Léon au début des années 1930 !). Quant à la RATP, elle vous dit non seulement comment y aller sans se gourrer, mais «met en place des navettes de bus gratuites» !

19 août 2008

Les bronzés font la révolution

Un petit sujet estival, histoire de dire que j'ai bossé en août. Le JDD nous emmène en Catalogne à la découverte du « Camp 4 ». A l’entrée de ce lieu au nom peu engageant, «un service d'ordre dont les jeunes membres, talkie-walkie au poing, contrôlent les arrivants ». Une plage privée ? Point du tout : bienvenue au camping « autogéré » des jeunesses trotskystes (des centaines d'apprentis révolutionnaires en provenance d’une quinzaine de pays, dont un tiers de Français, LCR et autres), pour des vacances qui se veulent studieuses.

Tous en uniforme : «L'engagement s'affiche aussi sur les vêtements, où l'indémodable Che Guevara partage la vedette avec les faucille et marteau en tous genres. Vous êtes venu sans garde-robe militante ? Aucun problème. Vous pouvez vous procurer sur place tee-shirts, badges, stylos siglés.»

Dès potron minet, on peut assister à «un cours de "désobéissance civile" ou comment apprendre à "résister à la police lors des manifestations". Le professeur, un transsexuel flamand, apprend à un public motivé les moyens d'éviter de se faire déloger d'une occupation grâce à un tuyau et un mousqueton.» Vous voulez un dessin ?

Mais les débats, c’est épuisant : «Autour de la piscine, les militants lisent Convergences révolutionnaires, Rouge et le meilleur de Karl Marx. Une militante a bien un Cosmo, mais il reste dissimulé dans son sac (…) "Parfois, on a besoin d'aller se détendre (…) "Après tout, on est pour la semaine de 32 heures!"» Non aux cadences politiques infernales !

Pour les esprits petits-bourgeois qui s'imaginent que l’égalité des sexes pourrait passer par la mixité, «la journée sur le féminisme est clôturée par une "fête femmes", non mixte. A l'abri des regards mâles, dans un espace fermé, les femmes jouent et dansent entre elles pour leur "permettre de se libérer de la pression des hommes et déconstruire les normes de la société patriarcale." (…) "Nous avons fait un concours, un relais boisson, je n'avais jamais vu des filles se conduire de cette manière. On aurait presque dit des mecs!" jure Catherine, 21 ans, enchantée par l'expérience.» Dire que des machos prétendraient exclure la gent féminine des débats footballistiques et des concours de rototos !

«Le lendemain soir, l'exercice de "déconstruction des normes" se poursuit avec la soirée LGBT (*). Objectif: découvrir qu'"une autre sexualité est possible". Pour cette nuit, les couples hétérosexuels sont priés de ne pas s'afficher. Au rythme des tubes, les anticapitalistes se trémoussent en se faisant passer des glaçons de bouche en bouche. Au final, le bilan de la fête sera mitigé "Beaucoup de camarades n'ont pas vraiment joué le jeu", confie Robin, maquillé comme une femme pour l'occasion. » Désolé camarade, ça se commande pas…

La révolution voudrait pourtant s'inviter jusque dans les pantalons, pour y faire également table rase : «De même que la IV (**) prône le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il lui faut se prononcer en faveur de l’auto-détermination des individus en termes de genre et d’identité sexuelle. (…) Il nous faut être conscient que le binarisme des genres est une idéologie sur laquelle se fonde la société capitaliste contre laquelle nous luttons». Ce qui s'appelle mélanger les choux et les carottes ! Ne rigolez pas : le gourou des sociologues, Pierre Bourdieu, affirmait très sérieusement que la différence entre femmes et hommes n'était que le produit d'un «arbitraire social», tandis que Simone de Beauvoir clamait : «On ne naît pas femme, on le devient» ! Alors pourquoi c'est toujours les femmes qui accouchent ?

Et c'est comme ça pendant une semaine. Connaissant l'approche bolchévique du problème, je serai également curieux de connaître les conclusions du débat «Les révolutionnaires et les élections». Et accessoirement celles de l'atelier «Auto-organisation des travailleurs de l’industrie du sexe» !


(*) LGBT : lesbiennes-gays-bi-transsexuelles, à ne pas confondre avec une autre minorité fortement discriminée : les laids-gros-bigleux-timides. 

(**) La IVe internationale communiste, fondée en 1938 par Trostky après la purge de la IIIe par Staline.

 

02 août 2008

Edvigilance

Le 1er juillet dernier, en même temps qu’il réorganisait les RG (installés à Levallois, où ils rejoignent la nouvelle Direction Centrale de la Sécurité Publique), l’Etat réformait et informatisait le fichier de sa «police politique», donnant ainsi naissance à EDVIGE (Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information GEénérale, décret n° 2008-632 du 27 juin 2008), dont la gestion sera assurée par la SDIG (Sous-Direction de l’Information Générale). Pour sa part, la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur, qui accueille la DST et une partie des RG) aura CRISTINA, un fichier classé secret-défense.

Les médias ont le plus souvent insisté sur l’instauration d’un fichage des « ados » (terme employé par Télérama, 19/07/08), de 13 ans au moins et « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». Mais pendant que les âmes sensibles défendaient les chapardeurs de carambars, le débat médiatique sur la version « adultes » du dispositif est un peu vite passé à la trappe.

Dix-sept ans après que Michel Rocard ait sorti les RG de l’ombre où ils sévissaient, il devient maintenant parfaitement légal, « en vue d'informer le Gouvernement et les représentants de l'Etat dans les départements et collectivités », et pour peu que vous fassiez partie des personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif », de collecter sur votre compte les informations suivantes :

― état civil et profession ;
― adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
― signes physiques particuliers et objectifs, photographies ;
― titres d'identité ;
― immatriculation des véhicules ;
― informations fiscales et patrimoniales ;
― antécédents judiciaires ;
― données relatives à l'environnement de la personne, notamment à celles entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec elle.

De même, si l’on estime que vous pourriez faire partie d’ « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ». Il devient alors également possible de consigner vos déplacements et des données relatives à votre comportement.

Tout ceci apparaît nettement plus fouillé que l'ancien décret du 14 octobre 1991. Alors, simple informatisation du vieux fichier des RG, comme l'affirme le Ministère de l'Intérieur ?

Consultée comme il se doit, la CNIL a notamment déclaré ne pas avoir obtenu d'«informations précises sur les niveaux de sécurité technique entourant le fonctionnement du fichier "Edvige" ni sur l'existence éventuelle d'un dispositif de traçabilité qui permettrait de vérifier les conditions d'accès ». Rassurant...

« Est-ce un nouveau moyen, en faisant peur, de détourner les citoyens du débat démocratique ? » se demandent, perspicaces, les camarades de la CGT (Le Figaro, 04/07/08). Car la peur, c’est le commencement de la sagesse ! (dicton moscovite inspiré de François Mauriac). La gauchosphère a en tout cas commencé à se remuer, en organisant une web pétition (1) initiée notamment par la FCPE (parents délèves citoyens), la FSU (mammouth), le GISTI (sanspapierophiles), le Syndicat politique de la magistrature et Attac, pétition qui revendique plus de 66.000 signatures à ce jour.

Voyons maintenant ce qui est arrivé le jour même de la publication du décret « Edvige » à un groupe de vénérables manifestants, à l’occasion d’une cérémonie marquant le début de la symbolique présidence française de l’Empire… pardon, de l’Europe. Citant le Parisien-dimanche, le site Bakchich Info rapporte : «  Le 1er juillet, accrochage du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe. Non loin de là, un groupe de gaullistes crie des slogans tels que « Europe trahison » ou « La France est une nation ». Quatre d’entre eux, dont un homme de soixante-quinze ans, sont embarqués ’’sans ménagement’’, écrit le quotidien. Ils sont relâchés après vingt-quatre heures de rétention dans des locaux de police et, lit-on aussi, ’’ L’un d’eux porte encore les ecchymoses de l’interpellation’’ ». Ach ! Papy fait de la résistance ? Kritisieren Europe, Verboten !

Comme dirait (à peu près) le regretté Philippe Muray : « Bienvenue dans la contrée des cybergardiens; Bienvenue sur l’autoroute sans fin de la superdémocratie sans bretelles de sortie; Vous n'avez pas fini d'être libres » !

(1) Foin de sectarisme, signez la pétition « Non à Edvige », et rejoignez: Act Up-Paris, ALGL (Association Lozerienne Gay et Lesbienne), ALLEGRO FORTISSIMO (association de defense des personnes de forte corpulence), Association Gestalt-theraîe et Yoga (95450), Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire, CRI (Communiste Révolutionnaire Internationaliste), Fédération Anarchiste, Fédération des Orthophonistes de France, FLAG ! (Policiers Gays et Lesbiens), FULAC (Front Uni de Lutte Anti Colonialiste), HOMOBUS (Association LGBT du groupe RATP), I.G.O.R. (apporter à tous plus d'intelligence par les jeux de réflexion), La Nef des Fiertés (association du personnel LGBT de la Ville de Paris et leurs ami(e)s), LCR (mais pas encore LO - nda), Les Mâles Fêteurs, Les Panthères roses, Les Putes, Les Verts, M.E.C. (MECS EN CAOUTCHOUC), Ligue Odebi, MRAP - région nazairienne, PAR CE QU'ON SEME (Association loi 1901), Parti Socialiste de Saint Jean de Luz (Saint Jean de Luz, ville où ALLIOT MARIE est Maire Adjoint), PCF, Peau d'âme - Les Ateliers Labelvie, SGB (SourdsGaysBreizh), SNJ (Syndicat National des Journalistes), SNPES-PJJ/FSU, SNU-ANPE FSU, SNU-TEFI-FSU, SNUASFP/FSU (Syndicat National Unitaire des Assistants Sociaux de la Fonction Publique de la FSU), SNUI (Syndicat National Unifié des Impôts), souriez,vous êtes filmés, Sud éducation Ain, Sud étudiant, SUD LYCEEN, SUD PTT 44/85, Syndicat Cgt de la Caf de l'Yonne, TaPaGeS (TransPédéGouines de Strasbourg), The european hard sex webzine1, TJENBÉ RÈD ! (Mouvement civique pour l'action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT en France ultramarine & hexagonale), UNEF (Union Nationale des Étudiants de France), et bien d’autres.

 

29 juillet 2008

SOS cyclisme : le nouveau racisme

Dans le sillage du tour de France et entre deux contrôles pipi positifs, voici que notre quotidien dit de référence (Le Monde du 26/07/08) se lance dans la dénonciation citoyenne de l’été : « Un peloton "blanc-blanc-blanc" sur le Tour de France » ! L’article reçoit l’insigne honneur de démarrer en première page et d’être illustré par le talentueux et bien-pensant Plantu.

Dans un parallèle déroutant, l’auteur s’émeut d’abord que « le Palais-Bourbon et la petite reine manquent de diversité ». Quel rapport me direz-vous entre un assemblée d’hommes politiques français et une épreuve sportive internationale, dont au surplus la « diversité » apparaît évidente par les patronymes des concurrents : Sastre, Evans, Kohl, Menchov, Vandevelde, Schleck, Sanchez, Valjavec, Efimkin, Siutsou, Nibali, Ten Dam, Lovkvist etc ? Au total, à peine un nom français sur dix.

Mais ce n’est pas de diversité culturelle dont il est question : ce qui est insupportable au journaliste du Monde, c’est que le peloton renvoie « l'image d'une France monocolore où les Noirs, les Maghrébins et les Asiatiques sont portés disparus », loin de « L'idéal "Black-Blanc-Beur" immortalisé par les Bleus en 1998 ». Trop de gens d’une certaine couleur, ça faisait longtemps qu'on n'avait plus lu ça dans un grand média !

Car le sport est avant tout un code universel qui valorise la seule performance. Et le fait qu’une communauté se retrouve sous ou sur-représentée dans une discipline est essentiellement affaire de culture.

C’est en effet pourquoi les Japonais aplatissent toujours nombre de leurs adversaires en judo, que les trois quarts des meilleurs coureurs mondiaux de 10.000 mètres sont Kenyans ou Ethiopiens, soit autant que d’Européens de l’Est dans l’élite des lanceurs de marteau, que le sprint international est quasiment un monopole « afro-américain » (Etats-Unis, Jamaïque, Trinidad), que la plupart des internationaux français de rugby sont né au sud de la Loire, qu’en Afrique du Sud l’équipe de foot est aussi noire que l’équipe de rugby est blanche, que l’équipe de foot australienne a des faux airs yougoslaves (Kalac, Petkovic, Popovic, Zelic, Zdrilic…), et qu’Anglais et Pakistanais s'intéressent à un sport, le cricket, dont le reste de la planète se fout royalement.

Et si le foot est cet étalon multiethnique, pourquoi n’y a-t-il aucun asiatique en équipe de France ? Et les portugais ? Un million sont venus en France dans les années 60 et 70, et on n’en a pas trouvé un seul pour présenter le journal télé ? C’est pas de la discrimination, ça ? Et même pas pyromanes avec ça. Pourtant, regardez donc leur taux de chômage… pratiquement la moitié de celui des Français… Ah, bon.

Admettons donc qu’on mette en place ces conneries de quotas ethniques en sport : il faudrait encore qu’ils se mettent au vélo, les « jeunes » ! Même Le Monde est obligé de reconnaître que : « Pour cette jeunesse métissée, le vélo est l'antithèse du football : moins sexy, moins glamour, moins riche… "Il n'y a pourtant pas de barrage dans ce sport : il n'est pas raciste, assure Omar Aït-Bouali, maire adjoint (PS) d'Aubervilliers chargé des sports. Mais le jeune de banlieue n'est pas attiré par le cyclisme" ». Pas assez blingbling... Car pour ce qui est du coût, un biclou est théoriquement plus à la portée des bourses du jeune ou du chômeur que les mini-motos qui gavent les oreilles des banlieusards. Belle éducation !

On ne veut surtout pas traumatiser les nouveaux arrivants en leur imposant la détestable culture française (histoire, littérature, civilité, laïcité, émancipation des femmes…), mais on déplore que le vélo reste un sport de « céfrans », et on s’effare que l’Algérie et le Maroc jouent à domicile au stade de France (et bientôt la Tunisie, le 14 octobre).

La caravane publicitaire fait depuis longtemps partie du folklore du Tour de France. En 2007, un charcutier avait affrété une deuche pour faire connaître ses produits, à la grande joie des badauds. Sauf «à Marseille, où la communauté musulmane est importante, le lancé de saucisson était à proscrire : « On nous les a renvoyés violemment dans la voiture » (L’Humanité, 23/07/07). Deux mondes…

Ecole publique aidant, la France ne s’était pourtant jamais voulue « Polak-Gaulois-Rital ». Ceux que la République assimilait (il était recommandé de faire quelque effort) étaient avant tout des Français, tout court. Et que de Français il y avait dans l’équipe de Platini, Giresse, Tigana et Fernandez !

Mais à l’aube du XXIe siècle, voilà que ressurgissent de nouvelles utopies raciales : un « idéal "Black-Blanc-Beur" », ânonné avant l’Euro de foot par l’autre Cornichon Malade : « Nous aurons un atout supplémentaire : celui de la diversité ». On a vu ! Un ramassis de mercenaires sans âme. La force d’une équipe, c’est son esprit collectif, grand con ! Idem pour une nation.

Alors, puisque le nouvel ordre mondial exige qu’on se débarrasse des nations, il ne reste plus qu’à efafcer « liberté égalité fraternité » du fronton des bâtiments publics et d'y graver « black-blanc-beur », de composer l’Assemblée Nationale (pour ce qu’elle sert encore) par quotas ethniques calculés sur la démographie de l'Ile de France et d’interdire le vélo et la charcuterie, sport et mets de racistes !

22 juillet 2008

Camarades commissaires européens

J’évoquais dernièrement comment un vénérable produit d’épargne populaire, le Livret A, avait été passé à la moulinette libérale par la Commission de Bruxelles.

Résumé : « C'est un livret A très remanié, mais toujours aussi polémique dans l'Hexagone, que présente aujourd'hui Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances, à Neelie Kroes, commissaire européen à la Concurrence. L'ultimatum de Bruxelles sur la généralisation de la distribution du livret A a expiré hier et ses exigences ont été entendues » (Le Figaro, 12/02/08).

Qui est Neelie Kroes, membre d’un organe qui a la capacité de soumettre un pays de 64 millions d’habitants ? Classée en 2007 « 59e femme la plus puissante du monde » par le magazine Forbes (38e l’année précédente, ça mollit…), cette femme d’affaires de 67 ans issue d’une richissime famille de négociants néerlandais est membre du très libéral Volkspartij voor Vrijheid en Democratie (VVD - « Parti populaire pour la liberté et la démocratie ») - le même que celui de son célèbre compatriote l’ex-commissaire Frits Bolkestein. Vice-ministre puis ministre des transports, des travaux publics et des télécommunications de 1977 à 1989, « Nickel Neelie » (sobriquet métallique suggérant sa force de caractère) a notamment privatisé à la hussarde les PTT locales, avant de prendre la place de l’ami Frits dans le fauteuil néerlandais de la Commission, en novembre 2004.

Succédant au portefeuille de la concurrence à l’italien « Supermario » Monti (qui venait d’infliger 497 millions d’euros d’amende à Microsoft pour abus de position dominante), son arrivée a rendu le sourire aux lobbyistes de tout poil qui se bousculent à Bruxelles : «‘‘Forcément, on la voit comme plus réceptive à nos arguments’’ (…) témoigne le directeur d'une importante firme de lobbying » (La Libre Belgique, 10/04/2006). Optimisme né de la fréquentation frénétique des conseils d’administration, de surveillance et autres de… 43 entreprises et associations ! (parmi lesquelles Lucent Technologies, McDonald’s, Price Waterhouse Coopers, Thales, Volvo, etc.), ce qui a fait tiquer le parlement européen à l’idée des potentiels conflits d’intérêt. Devant l’insistance du nouveau président Barroso, qui a déclaré vouloir féminiser son cénacle, Neelie Kroes a finalement été nommée, contre la promesse de refiler aux collègues ses dossiers dès lors qu'ils toucheraient aux entreprises pour lesquelles elle a cachetonné et la démission de l’ensemble de ses mandats (ce qui était la moindre des choses) : «’’Elle ne saurait connaître aucune des affaires relatives à la défense, au bâtiment, aux assurances et à l'automobile’’, estime ainsi l'eurodéputé Jean-Louis Bourlanges, pourtant du même bord politique qu'elle » (L’Express, 06/12/04).

Plus troublantes est cette relation dont fait état sur son blog le journaliste de Libé Jean Quatremer, spécialiste des questions communautaires. On apprend ainsi qu’en 2001, le promoteur immobilier Jan-Dirk Paarlberg (encore un membre du PPV !) s’était porté caution en faveur de Ms Kroes afin de lui permettre d’emprunter 6.1 millions d’euros pour lui acheter, à lui, des immeubles de bureaux, revendus 4.8 millions (à perte !) le 21 avril 2004. Reconnaissante, Neelie aurait fait du lobbying pour son ami auprès de municipalités, de caisses de retraite, de banques et d’investisseurs. Or, d’après Quatremer qui cite le quotidien néerlandais De Volksrant (centre-gauche), l’individu serait « proche » d’une organisation criminelle coupable d'extorsion, de faux et de blanchiment ! De Volkskrant (cité par Le Monde du 12/05/06) a également affirmé que Paarlberg (arrêté depuis) était toujours caution pour la villa privée de la commissaire, ce que celle-ci dément.

Malédiction batave ? Glissons sur les erreurs de jeunesse de Frits Bolkestein : en 1996, à 63 ans, il est contraint à la démission du parlement néerlandais pour avoir essayé d’obtenir les faveurs du ministre de la Santé au profit d’une entreprise pharmaceutique dont il était administrateur – scandale qui n’empêchera aucunement cet ancien cadre de la multinationale Shell de devenir en 1999 commissaire européen, pour le plus grand profit des plombiers polonais (qui ont toute ma sympathie). En février 2001, les « Révélation$ » du journalistes Patrick Robert déclenchent la première affaire « Clearstream », du nom d’une chambre de compensation internationale (« clearing house » : profitable activité visant à permettre à des organismes financiers de simplifier leurs relations en ne réglant que le solde de leurs transactions communes), basée au Luxembourg et modèle d’opacité (« comptes non publiés » (!), paradis fiscaux etc.), accusée d’être une plate-forme du blanchiment mondial. Pas curieux pour un sou, Frits Bolkestein annonce en personne le refus de la Commission (qui s’intéresse pourtant aux fromages au lait cru, va comprendre) d’enquêter sur Clearstream (20 Minutes, 25/04/06). Notons que Patrick Robert mettait notamment en cause la Menatep, la banque du sulfureux milliardaire russe Mikhaïl Khodorkovski, pointée du doigt dans l’affaire du « Kremlingate » (« disparition » de plusieurs milliards de dollars en provenance du FMI). Ancien obligé de Boris Eltsine tombé en disgrâce, Khodorkovski a été condamné le 31 mai 2005 à 9 ans de prison pour « évasion et fraude fiscale », qu’il a été envoyé purger en Sibérie profonde. Quant à sa banque en déconfiture, la Menatep, elle a accueilli le 23 mai 2005 un précieux conseiller : l’ami Frits en personne ! Comme ce monde est petit…

Intéressons-nous à présent au commissaire en chef, l’ancien étudiant maoïste José Manuel Barroso, tardivement rééduqué au libéralisme mondial à l’université américaine de Georgetown. Alors qu’il est virtuellement président de la Commission car officiellement désigné lors du sommet européen du 29 juin 2004, Barroso a passé en août 2004 une semaine de vacances sarkozyennes sur le bateau du milliardaire grec Spiro Latsis (révélation de Die Welt en avril 2005, repris par le Canard Enchaîné, 25/05/05). Certes, si les multiples activités de Latsis (banque, immobilier, pétrole, construction navale) en Grèce et dans les Balkans, de même que les comptes de ses filiales à Jersey, Monaco ou Luxembourg, ne passent pas pour des modèles de transparence, c’est son affaire. Le problème, c’est que le groupe Latsis aurait bénéficié à au moins six reprises entre 1999 et 2004 des bontés de la Commission. C’est ainsi qu’elle a autorisé plusieurs rapprochements avec des banques ou entreprises grecques et, en septembre 2004, a permis l'octroi d'une aide aux chantiers navals Shipyard, propriété de Latsis. Quant à la banque du groupe, elle a été choisie pour faire transiter l'argent des financements européens en Grèce. Enfin, une fois installé à Bruxelles, Barroso a nommé conseiller spécial un certain Dusan Sidjanski, patron du Centre européen de la culture, un machin financé par… le groupe Latsis.

Trop c’est trop, et l’ami José Manuel finit par s’attirer une motion de censure, déposée le 12 mai 2005 par 77 eurodéputés grincheux, mais aussitôt dénoncée par une sainte alliance regroupant PPE (démocrates chrétiens), PSE (eurosocialistes), Démocrates, Libéraux et même Verts. C’est dire si Barroso pouvait dormir tranquille (de fait, la motion de censure a été très largement rejetée le 8 juin 2005), et d’ailleurs il ne voit vraiment pas pourquoi on lui cherche des piolho (*) : « Le fait que les amis et les connaissances des commissaires puissent être affectés par la politique de la Commission ne représente pas en soi un conflit d’intérêts » (L’Humanité, 27/04/05).

Et voici peut-être le plus grave : à force de baigner dans les réseaux d’affaires (je pourrais continuer à détailler les pédigrées, sans même remonter à la commission Santer, collectivement sabordée le 15 mars 1999 après qu’aient été rendues publiques ses turpitudes), nos camarades commissaires en viennent à mélanger allègrement les genres, et semblent avoir perdu toute notion d’intérêt général, au profit d’intérêts économiques (voire même particuliers). Or, si la prospérité économique est souhaitable, et l’économie libérale le meilleur système connu pour y parvenir, la loi du marché ne saurait cependant faire office de constitution.

En tout état de cause, et puisque la Commission de Bruxelles est devenue un gouvernement supranational aux pouvoirs exorbitants, ce serait la moindre des choses que ses membres, à défaut d’être démocratiquement légitimes (même lorsque des malhonnêtes sont élus, au moins a-t-on voté pour eux), soient irréprochables et insoupçonnables comme la femme à César (Jules). En d’autres termes : ceux qui grimpent au mât doivent avoir le derrière propre !


(*) Poux, dans la langue de Cristiano Ronaldo et de Fernando Pessoa.

 

05 juillet 2008

Bilderberg 56

Encore plus opaque et plus mondialiste que la Commission de Bruxelles, il y a le « club de Bilderberg». Le 56e jamboree mondialiste annuel s’est tenue du 5 au 8 juin 2008, à Chantilly (pas dans le Val d’Oise, évidemment ! En Virginie, aux States).

Environ 140 personnalités étaient invitées, dont une dizaine de Français, ce qui permet d'estimer notre représentativité à 7 % du gouvernement mondial. Reste à savoir de quoi ces représentants sont représentatifs :

Nicolas Baverez, normalien, énarque, avocat (inscrit au barreau de New-York), essayiste («La France qui tombe», 2003), chroniqueur au Monde et au Point, pas copain de Chirac («Debout devant Bush, couché devant Blondel » Le Point, 14/03/03), copain de Sarkozy dont il est conseiller, libéral militant (« L’antilibéralisme est un fléau qui se trouve au principe du déclin et de la régression de la France », dans « Que faire ?», 2006) ;

Henri de la Croix de Castries, HEC, ENA (promo 1980, comme Villepin, Hollande et Royal), inspecteur des finances, rejoint en 1989 l’assureur AXA (qui devient n° 1 mondial en fusionnant en 1996 avec l’UAP), il en est président depuis 2000 ;

Bernard Collomb, X-mines, PhD de Management de l'Université du Texas, rejoint Lafarge en 1975 après quelques séjours dans les cabinets ministeriels, il en est nommé PDG en 1989 (pour ses vieux jours, il aurait vendu pour 8 millions d’euros de stock options en 2006, selon le magazine Capital), aujourd’hui président honoraire du cimentier ;

Jean-Pierre Jouyet, promo ENA 1980 (décidément…), prof à Sciences-Po, dircab de Delors à la présidence de la Commission bruxelloise (1991-95), directeur du Trésor (2000-04), actuel secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, se remet doucement de la claque irlandaise (« Je suis effondré »), marié à Brigitte Taittinger ;

Christophe Jacquin de Margerie, fils de Colette Taittinger, entré chez Total à 23 ans (1974) après Sup de Co, il succéda l’an dernier à Thierry Desmarest à la tête du groupe, quatrième pétrolier mondial (158 milliards d’euros de chiffre d’affaires : le PIB du Portugal) ;

Thierry Magloire de Montbrial, fils d’un inspecteur général de la Banque de France, polytechnicien, ingénieur général des mines, docteur en économie de l’université de Berkeley, fondateur (1979) et président de l’Institut Français des Relations internationales (IFRI) ; pour l’anecdote, il dirigea le centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères (1973-78) où lui succéda un certain Jean-Louis Gergorin, aujourd’hui empêtré dans la mouise Clearstream et défendu par l’avocat… Thibault de Montbrial (le fiston).

Christine Ockrent, journaliste bien payée née à Bruxelles (!), Sciences Po (1965), présentatrice du 20 heures sur Antenne 2 puis TF1 puis Antenne 2, présentatrice du magazine européiste « France Europe Express » sur la 3 (1997-2007), nommée le 20 février dernier à la tête de France Monde, la holding d’Etat de l’audiovisuel international (RFI, France 24, TV5 Monde) ;

François Pérol, HEC, major de l’ENA en 1990, dircab de Francis Mer puis de Nicolas Sarkozy au ministère de l’économie, passe pour avoir sauvé Alstom, devient ensuite associé-gérant de la banque Rothschild, est aujourd’hui secrétaire général adjoint de l'Elysée où il s’occupe des dossiers économiques chauds ;

Manuel Valls, député-maire socialiste d’Evry, prétendant au trône de Hollande, et a bien compris qui tenait le manche là-haut ;

Hubert Védrine, énarque, secrétaire général de l’Elysée (1991-95), ministre des affaires étrangères de Jospin (1997-02), membre du très élitiste club d’influence « Le Siècle » (j’en causerai)...

A part peut-être Manolo Valls, quelqu'un a déjà voté pour eux ?

L’Express (19/06/08) a fait l'effort de consacrer un articulet d’une dizaine de lignes à l’évènement :  c’est un début. Car comme l’a confessé un des participants anonymement cité dans l'article : «L'un des principes de ces réunions consiste en l'absence de toute communication externe. Cette règle m'est applicable à l'égal des autres participants et je ne peux ni ne veux y déroger

Quelque chose à cacher, les gars ?

Nouveau : l'édition 2009 !

   

03 juillet 2008

Casse-noisettes : le Livret A livré au marché

Par une ironique coïncidence de calendrier, c’est le jour même de la proclamation de l’élection du nouveau président de la république française par le Conseil Constitutionnel, le 10 mai 2007, que la Commission européenne donnait l’ordre à la France d’ouvrir sous neuf mois la distribution de son livret A à l’ensemble des banques privées européennes.

Crée en 1818 pour reconstituer l’épargne dilapidée dans les guerres napoléoniennes, le produit phare de la Caisse d’Epargne de Paris a été plébiscité par le public pour devenir le placement populaire par excellence : aujourd’hui, 50 millions de français y gardent au chaud 140 milliards d’euros. Rassemblés par la Caisse des Dépôts et Consignations, ces fonds assurent 80 % du financement du logement social, par l’octroi de généreux prêts à long terme aux organismes HLM.

Mais outre le réseau aujourd’hui national de l’Ecureuil, seuls la Banque Postale et le Crédit Mutuel (le livret A y est « bleu ») ont accès à l’aspirateur à noisettes. D’où d’inévitables jalousies. Ce n’est évidemment pas devant le privilège d’accueillir les comptes des fauchés qui échoit aux distributeurs de livrets que bave la concurrence, mais devant les 10 % de clients dont l’encours dépasse les 10.000 euros, à qui ils rêvent de faire visiter leur boutique. En 2006, n’y tenant plus, le Crédit Agricole, ING Direct et autres marchands d’oseille ont été chouiner à Bruxelles contre cette intolérable « infraction au droit communautaire » (devant lequel personne n’ignore plus que s’écrasent les lois votés par les représentants nationaux des peuples d’Europe). Et donc la grosse Commission de rappeler ce 10 mai 2007 que nul démocratie nationale ne saurait entraver la libre concurrence.

Dans un premier temps, nos nouveaux gouvernants ont fait mine de se rebeller. Le 19 juin 2007 François Fillon annonçait ainsi qu’un recours serait déposé devant la Cour de justice des Communautés européennes, ce qui fut fait le mois suivant. Parallèlement, il demanda au président honoraire de la Banque de France (institution bicentenaire qui coule une retraite paisible sous la tutelle de la Banque Centrale Européenne), Michel Camdessus, de lui pondre un rapport sur le sujet. Et que croyez-vous qu’il advint ? L’ancien président de ce temple de la finance mondiale qu’est le FMI accoucha le 17 décembre 2007 d’un pavé sur la « modernisation de la distribution du Livret A et des circuits de financement du logement social », véritable oraison funèbre de l’épargne sociale réglementée à la française.

Un semaine auparavant, Nicolas Sarkozy avait préparé le terrain en déclarant qu’il ne voyait pas «d'inconvénient à ce que la distribution du livret A soit élargie à d'autres réseaux bancaires », à condition que cela ne « mette pas en danger la collecte, que cela se traduise par une diminution de la rémunération des réseaux distributeurs et enfin que cela ne bouleverse pas l’équilibre économique des réseaux qui distribuent aujourd’hui le livret A ». Bref, baisser les salaires de l’Ecureuil et de ses amis mais sans les ruiner complètement !

La lumière vint également à François Fillon, qui annonça le jour même de la sortie du rapport Camdessus que l’extension de la distribution du livret A à toutes les banques «s'inscrira dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie qui sera présentée au Parlement au premier semestre 2008 ».

Il ne restait plus qu'à envoyer une ambassadrice à Bruxelles avec le drapeau blanc  : « C'est un livret A très remanié, mais toujours aussi polémique dans l'Hexagone, que présente aujourd'hui Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances, à Neelie Kroes, commissaire européen à la Concurrence. L'ultimatum de Bruxelles sur la généralisation de la distribution du livret A a expiré hier et ses exigences ont été entendues » (Le Figaro, 12/02/08).

Exigences entendues, et mêmes dépassés. Car conformément aux conclusions du rapport Camdessus, la CDC pourrait également renoncer à 30 % des fonds collectés, au profit des banques (miam !). Se profile également la baisse de la rémunération versée aux établissements collecteurs (0.4%, contre 1% aujourd’hui pour les Caisses d’Epargne, 1,1% pour le Crédit Mutuel et 1,3% pour la Banque Postale), portant qui plus est sur des volumes immanquablement réduits par le partage du gâteau : l’Ecureuil et le facteur seraient bien inspirés de faire des provisions pour l’hiver ! Car même si le financement du logement social ne devait pas souffrir dans l’opération, qui supportera le coût de la bancarisation des plus démunis et le maintien d’un réseau bancaire dans les zones rurales ?

L'agence de notation financière Standard and Poor's s’est en tout cas inquiétée en mars dernier de la rentabilité future de la Banque Postale, laquelle estime que seuls 28% de ses livrets A sont rentables et que sa mission d'accessibilité bancaire auprès des clients dans le besoin nécessiterait une compensation financière comprise entre 400 et 500 millions d'euros. Quant à son réseau, qui compte 17.000 points de vente, il est jugé « surdimensionné par rapport aux besoins propres » par la Cour des Comptes. L’accès à la distribution du crédit à la consommation, obtenu en compensation de la « banalisation » du livret A va-t-il achever de faire de la Banque Postale une « banque comme les autres », détachée de toute considération d’intérêt général ?

Pas convaincue non plus, la présidente de la Fédération nationale des Caisses d'épargne, Nicole Moreau, dénonçait dans le Monde (28/02/08) une « réforme à la hussarde » qui, « si elle devait être conduite sans discernement et sur la base exclusive des vraies fausses bonnes idées de M. Camdessus, viendrait à remettre en cause le caractère fondamental d'intérêt général du Livret A ».

Le 11 juin 2008, les députés ont adopté les Articles 39 et 40 du projet de loi de modernisation de l'économie (LME), étendant aux banques privées la distribution du livret A.  La balle est maintenant dans le camp du Sénat.

La spécificité du livret A se justifiait-elle ? Qu’importe. Dans le meilleur des mondes économiques qu’est en train de devenir l’Europe, ce n’est plus le problème des Français. D’ailleurs il n’y a pas de Français, dans le meilleur des mondes économiques. Ni d’Allemands, ni d’Italiens, ni de Polonais…

Que des consommateurs.

21 juin 2008

Peur sur la ville

S’il est une chose qu’on ne pourra pas reprocher à la « grande » presse, c’est d’avoir exagéré l’ampleur des récentes émeutes de Vitry-le-François. Qu’on en juge par les termes employés : «Les échauffourées entre habitants et gendarmes ont débuté vers 22 heures samedi  après qu’un «jeune» ait été  « mortellement blessé par une balle en plein front». «Son décès a entraîné une réaction de riverains». Après ces menus «heurts entre des jeunes (…) et des gendarmes », «les adultes ont enfin repris le contrôle de la cité. Grâce à une poignée de "grands frères" soucieux d'apaiser les plus jeunes. Grâce, aussi, à l'action discrète du maire». Et du Père Noël ? (Le Monde, 15 et 16/06/08, Le Figaro, 15/06/08). On se croirait dans un épisode de la Guerre des Boutons !

Résumons à présent les faits : un voyou de vingt ans a été abattu d'une balle dans la tête pour une histoire de came. Sa bande (une cinquantaine de furieux) s'est ruée sur la cité voisine pensant y trouver le tueur et s'y est déchaînée contre les habitants innocents et leurs biens pendant toute la nuit, bien que le coupable se soit entre-temps rendu aux gendarmes. L'émeute s'est soldée par une soixantaine de voitures et un camion incendiés, une dizaine de blessés (dont deux pompiers), et a nécessité l'intervention de 130 gendarmes dont 60 venus en renfort. Aucune arrestation, « une cellule psychologique a été mise en place » (on se demande pourquoi puisque, selon les médias, tout est rentré dans l’ordre), la traditionnelle « marche silencieuse » a eu lieu (on va finir par se demander si ce ne sont pas elles qui attirent les ennuis, vu leur efficacité). Rideau.

Cherchons maintenant à comprendre pourquoi on peut revivre dans la France du XXIe siècle des scènes d’un âge où l'on ne connaissait pas l’électricité.

Le Monde, pas curieux, ne trouve qu’une explication, toujours la même : c’est à cause de la pauvreté. « Le revenu des ménages n'atteint que 71% de la moyenne nationale. Les écoles maternelles du quartier de Rome-Saint-Charles comptent 86 % de familles défavorisées ». Méfions-nous des smicards : ce sont des barbares en puissance ! Mais alors pourquoi les bleds paumés des campagnes les plus sinistres et les plus isolées ne sont pas des coupe-gorges ? Les communes rurales n’ont jamais reçu les milliards déversés sur les quartiers pourris au titre de la politique de la Ville (et pas toujours en vain : « Le quartier progresse. Les écoles, les crèches, l'environnement, tout ça c'est mieux...» (un habitant de la Grande Borne à Grigny, après des émeutes, Le Parisien, 03/03/08). « Jamais un territoire n’a autant reçu d’argent public depuis dix ans ! » s’exclame Yannick Paternotte, le député-maire de Sannois dans Valeurs Actuelles, après les émeutes de Villiers-le-Bel (04/01/08), et de décliner la transformation qualitative de l’habitat, les politiques éducatives, les zones franches… « Je croise tous les jours de nombreux jeunes issus des quartiers populaires ayant bénéficié d’un cursus scolaire de qualité et qui ont réussi leur parcours personnel », rien à voir avec « des adultes organisés en bandes armées, motivés par la volonté de tuer des “keufs”. Il faut prendre conscience qu’ils restent très minoritaires et absolument pas représentatifs de la population de nos quartiers. Surtout, on ne peut les laisser justifier leur violence par un abandon social ». Et par quel miracle une ville populaire comme Arles, qui élit un maire communiste, apparaît-elle comme un havre de paix à moins de cent kilomètres des sinistres quartiers Nord de Marseille ? Pourquoi les ghettos ouvriers du Nord et de la Lorraine d’avant-guerre n’étaient pas à feu et à sang ?

Alors c’est la faute des keufs, qui manquent de respect aux jeunes.

Et réciproquement, non ? Quand bien même, ça justifie de leur tirer dessus ? 130 blessés par armes à feu pendant le dernier festival de Villiers-le-Bel : « Tous les membres de forces de l'ordre touchés par des tirs ont été atteints par des munitions de chasse. » (Le Figaro,  08/12/07). Et les pompiers, ils font chier qui ? Deux ont été blessés à Vitry-le-François, et ils sont régulièrement et consciencieusement la cible des incendiaires : «  La chute d'une dalle en béton d'environ 15 kilos sur le toit d'un véhicule incendie dans la nuit de vendredi à samedi à Empalot suscite un très vif émoi dans les rangs des soldats du feu. Depuis plusieurs mois maintenant, l'intervention des pompiers comme celle des policiers au cœur des quartiers sensibles à Toulouse, se transforme selon certains en véritables ’’ traquenards’’ » (La Dépêche du Midi, 28/10/07).

Mais les pompons, ils sont assimilés aux keufs, ils ont des uniformes.

Et les profs, ils ont des uniformes ? Soixante sont agressés chaque jour par de vrais « jeunes » (lorsqu’ils sont scolarisés) : « de septembre 2005 à juin 2006 (…) À 2 275 reprises, soit plus de six fois par jour, il s'est agi de violences physiques sans arme. C'est-à-dire des gifles, coups de pieds et de poings. Dans le même temps, près de 17 000 insultes ou «menaces graves » ont été relevées » (Le Figaro, 27/02/08), et ça doit arriver plus souvent en région parisienne que dans le Finistère... Tout le monde se souvient de cette prof d’arts plastiques poignardée par un élève du lycée Louis-Blériot d’Etampes, en décembre 2005. Motif ? Elle lui avait demandé de retirer son bonnet et son blouson en classe. Et les bibliothèques brûlées ? Elles a « mal parlé » à qui, la bibliothèque Louis-Jouvet de Villiers-le-Bel (30.000 prêts par an) ? Le contribuable paiera 11.3 millions d’euros (74 millions de francs) pour la reconstruire. Et l'école maternelle du Buffle à Grigny, incendiée le 4 mars dernier ?

En fait, c’est l’Etat et les institutions dans leur ensemble qui sont rejetés.

Et les 45.000 voitures cramées chaque année (dont la moitié relèvent de vengeances et de violences gratuite), elles appartiennent à l’Etat peut-être ? Et les supermarchés incendiés ? (A Villiers-le-Bel : « C'est dur, lâche Assia. Aldi, c'était le magasin le moins cher du quartier. » Le Monde, 05/12/07), jusqu’aux boulangeries, sous prétexte d’attirer pompiers et policiers, comme à Grigny ? « cinq jeunes encagoulés attaquent la boulangerie du quartier (…) Les délinquants tentent d'y mettre le feu avec de l'essence. ’’Le Fournil’’, c'est un symbole pour notre cité, se lamente Mounir, quinquagénaire, habitant la Grande-Borne depuis vingt ans » (Le Parisien, 09/03/08). Et les habitants agressés ?  « Ils ont voulu casser mes volets et les vitres", raconte une grand-mère de 72 ans, encore toute tremblante, devant sa maison partiellement dégradée » (à Vitry-le-François, Le Monde 16/06/08). Elle est fonctionnaire en retraite, peut-être ? Au fait, vu sa pension de misère, pourquoi elle n’est pas dans la rue, la bave aux lèvres, avec son couteau de cuisine, la mémé ?

C’est parce que les Français « anciens » sont racistes, et les « jeunes » se sentent rejetés.

On n’a pourtant pas l’impression que toutes les victimes d’agressions juvéniles soient des Gaulois de souche, à lire les noms dans les articles. Et pourquoi les « jeunes » se battent-ils entre « cousins » avec autant de sauvagerie ? Les RG ont recensé 287 affrontements entre bandes en 2006, et 129 pour les cinq premiers mois de 2007, en progression de 29% par rapport à 2006 (Le Monde, 05/09/07). Ces rixes dignes des combats de Gangs of New-York (ceinturons, couteaux, battes, haches…) commencent à gagner Paris : Gare du Nord, Pigalle. « Des affrontements ont eu lieu jeudi soir entre jeunes rue d'Alésia (…) des coups de feu auraient été  tirés » (LCI, 07/03/08). A Stains, « quatre jeunes hommes abattus à l'arme à feu, en plein jour, quatre règlements de comptes sur fond de trafic de drogue. » (Le Monde, 02/11/07).

Euh… là, je commence à sécher.

Bien. Puisqu’on en a fini avec les conneries habituelles, regardons maintenant les choses en face : de plus en plus de quartiers vivent sous la loi des gangs. Evidemment que ces quartiers sont pauvres, mais c’est loin d’être la seule cause. Evidemment que tous les habitants des cités ne sont pas, très loin s’en faut, des gangsters (bien que le terme de « jeunes » employé à tort et à travers participe à laisser entendre le contraire), mais lorsque la loi républicaine s’évapore, celle de la jungle reprend le dessus, et ce sont les plus violents, fussent-ils quelques dizaines mais prêts à tuer, qui dictent leurs règles.

Une des leurs activités favorites ? Le trafic de came. « A vingt minutes de Paris, à une station de RER de Roissy et à la croisée des autoroutes A 1 et A 3, la cité HLM de Sevran- Beaudottes est devenue, selon les autorités, une plaque tournante du commerce de stupéfiants en Ile-de-France. Dans cet ensemble de 1 000 logements situé autour d'une gare où convergent huit lignes de bus, l'activité est florissante. Avec l'explosion de la consommation, le trafic autrefois de artisanal est devenu quasi mafieux. Une trentaine de caïds y font la loi, les bénéfices sont considérables. Ils pourraient dépasser le million d'euros par an, d'après les estimations de la mairie. (…) Le nombre d'infractions liées aux stupéfiants est en forte augmentation : + 194 % entre 2006 et 2007 (…) les renseignements généraux (RG) parlent d'une "situation explosive" dans un quartier "sous la coupe réglée de délinquants". » (Le Monde, 29/05/08).

De son côté, Christian Ben Lakhdar, chercheur à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Le Figaro, 04/12/07), estime à un bon millier le nombre de « semi-grossistes » en cannabis en France, qui gagneraient de 253 à 552.000 euros par an, soit le salaire d’un patron de PME ! Ces « petits patrons » s’appuient sur 6 à 13.000 intermédiaires, aux revenus estimés de cadres supérieurs (35 à 76.000 euros), lesquels approvisionnent dans les 60 à 120.000 revendeurs, pas même smicards. Mais qui n’aspirent qu’à s’élever. Livrés à eux-mêmes, « des jeunes qu'on voit passer tous les jours et qui nous disent bonjour », comme les émeutiers de Vitry-le-François, basculent dans la criminalité. Va leur proposer des stages de plomberie, alors que s’offrent de si lucratives perspectives de carrière dans une très large impunité : « en 2005, sur 1651 mineurs déférés au Parquet, seuls 132 ont été écroués, ce qui donne une idée de la marge de progression que le Parquet possède actuellement, nonobstant le dogmatisme dont peut faire preuve le Juge des enfants dans ce département», écrivait en 2006 le Préfet de Seine-Saint-Denis Jean-François Cordet à son ministre de l’intérieur (un certain Sarkozy, qui s’en débarrassa l’année d’après en le nommant « hors cadre »). Et je rappelle qu’hormis le meurtrier, qui a bien voulu se livrer aux « bleus » pour sauver sa peau, aucun émeutier n’a été arrêté à Vitry-le-François.

Incapables de résoudre les problèmes de sécurité des quartiers à la dérive, les pouvoirs publics ont trop longtemps ignorés ou tolérés toutes sortes de trafics en espérant on ne sait trop quoi, immobilisme criminel dont on récolte progressivement les fruits pourris. Car tant que le banditisme et la criminalité prospéreront dans les cités, tous les efforts déployés par ailleurs dans les domaines économiques, éducatifs et sociaux resteront insuffisants.

A Vitry-le-François, parce que les caïds du coin ont été incapables de maîtriser leurs hordes, « les familles, elles, se sont claquemurées chez elles. Un mélange d'épuisement et de peur. » Peur sur la ville.

A suivre…

PS - Ne disposant pas du loisir de regagner le soir un duplex parisien, les habitants de Vitry-le-François ont pris acte de l'incapacité de la "force" publique à faire régner l'ordre au-delà du périphérique (zéro arrestation à Vitry-le-François) : direction l'armurerie ! De son côté, Jean-Pierre Bouquet, l'impayable maire PS de Vitry-le-François, a pris des dispostions à la hauteur des évènements : la création d'un comité de quartier et d'une association de victimes ! Et comme l'évoque par ailleurs France Infaux (27/06/08), aucun incident n'a été déploré à l'occasion de la fête de la musique. Et pour cause : tous les concerts avaient été annulés !

 

17 juin 2008

Manuel Valls

Manuel Valls est né le 13 août 1962 à Barcelone. Fils d’un artiste peintre catalan (émigré en France en 1948 et marié à une suisse d’origine italienne), il opte en 1982 pour la nationalité française.

Sa famille paternelle, aux sympathies républicaines affirmées, semble avoir transmis à ce littéraire une vision humaniste mais surtout réaliste de l’histoire : « la guerre civile en Catalogne, ce fut aussi la brutalité et l’élimination physique de tous ceux qui n’étaient pas dans la ligne de Moscou (…) j’ai été très marqué par L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne (…) beaucoup, à gauche, continuent d’admirer Robespierre et Saint-Just et considèrent la Révolution comme un bloc… Ils n’ont pas lu attentivement Jaurès. » (1) A un journaliste qui le compare à Sarkozy, il renvoie : « Attention au délit de sale gueule. Pendant la guerre d'Espagne, en Catalogne, les anarchistes tiraient sur ceux qui portaient cravate, présomption de bourgeoisisme ».

Militant dès son adolescence, adhérent au PS à sa majorité (septembre 1980), cet ancien élève du lycée Charlemagne entre à la fac de Paris-I où il rencontre Nathalie Soulié, qui deviendra son épouse. Il y aurait également décroché un DEA d’histoire, mais il est surtout membre du bureau national de l’Unef-ID de Jean-Christophe Cambadélis et du transfuge de la LCR Julien Dray, et se lie avec le futur publicitaire Stéphane Fouks et le futur Grand Maître du Grand Orient de France Alain Bauer. En 1985 les trois compères fondent les clubs rocardiens Forum XXI dans la perspective de l’élection présidentielle. Collaborateur du député socialiste de l’Ardèche (!) Robert Chapuis de 1983 à 1986, Manuel Valls devient conseiller de Michel Rocard pour les affaires étudiantes de 1988 à 1991 (Alain Bauer est alors conseiller à la sécurité), puis chargé de mission à Matignon, où il prend finalement en charge la jeunesse et les sports. Délégué adjoint interministeriel aux JO d’Albertville (1991-92), il s’occupe ensuite du dossier du Grand Stade (dont la construction est alors prévue à Sénart).

Localement, Manuel Valls rejoint la fédération socialiste du Val-d’Oise, dont il devient premier secrétaire. Obscur 12e adjoint à la mairie communiste d’Argenteuil de 1989 à 1992, mais second adjoint de 1992 à 1998, il est sévèrement balayé dès le premier tour aux législatives de 1993 dans la 5e circonscription du département (quatrième avec 12%), et encore lourdement séché par la vedette locale, Robert Hue, en 1997 (17%).

Au PS, dont il a intégré le comité directeur en 1989 à 27 ans, en qualité de suppléant, il rejoint en 1993 le bureau national où il est nommé secrétaire national à la communication. En charge de la communication et de la presse au cabinet de Jospin en juin 1997, il est parachuté en avril 2001 dans l’Essonne et élu maire d’Evry, succédant au socialiste Jacques Guyard. En 2002, après la déroute de Yoyo, il devient enfin député, raflant la 1ere circonscription de l’Essonne à Serge Dassault. En novembre 2002 il finit par démissionner du conseil régional d’Ile-de-France, où il siégeait depuis mars 1986 (il en a été vice-président entre mars 1998 et juin 2002), mandat qu’il cumulait avec celui de maire d’Evry.

Confronté aux dures réalités d’une ville où coexistent université, grandes entreprises (Accor, Arianespace, Carrefour) et cités craignos, le nouveau maire d’Evry se distingue par un discours à contre-courant de l’angélisme qui baigne le PS en matière d’intégration et de sécurité (son ami Alain Bauer est devenu un expert dans ce domaine). «Aucun recoin de la ville ne doit être laissé aux voyous» déclare celui qui s’abstiendra en pleines émeutes urbaines en 2005 de critiquer l’instauration du couvre-feu par le gouvernement. Fin 2002, il s’oppose médiatiquement (et vainement) à l’installation d’une supérette entièrement hallal, symbole de la communautarisation de la ville.

En 2004, Valls s’associe à Laurent Fabius dans sa campagne contre le traité constitutionnel, avant de prendre ses distances sur cette surprenante pirouette : « J'étais partisan du non, mais face à la montée du non, je vote oui » (!) Ayant depuis résolument rallié les rangs fédéralistes, il défend la ratification par les seuls parlementaires du traité de Lisbonne, version à peine édulcorée du projet constitutionnel, et s’oppose au boycott du congrès de Versailles de février 2008.

Et maintenant ? Alors qu’il était conseiller de Jospin, Sarkozy aurait annoncé à Valls : « Un jour, je te proposerai de travailler avec moi... Et tu accepteras d'entrer au gouvernement». Réponse : «Non, je n'accepterai pas. Je pense que ce pays a besoin d'une droite et d'une gauche. Chacun son camp» (L’Express, 30/08/07). Dont acte. L’intéressé ne se déclare pas plus attiré par l’improbable « coalition arc-en ciel » imaginée par Julien Dray : « Je ne crois pas, moi, à un parti qui aille de François Bayrou à Olivier Besancenot. Je ne vois pas très bien comment cela peut marcher (...) Soyons nous-mêmes ! Construisons notre propre projet et ne courons pas derrière les uns et les autres ! » (Le Point, 13/12/07). Et lorsque France-Soir l’interroge sur ses ambitions présidentielles, il reconnaît : « je m’interdis de m’interdire une telle possibilité » (19/05/08). C’est que « Manolo » doit en avoir assez de miser sur des loosers : moins de deux mois après avoir lancé, le 2 août 2006, un vibrant appel à la candidature de Lionel Jospin (« Notre pays, j’en ai la conviction, a besoin d’un homme d’Etat - expérimenté, solide et cohérent – capable de porter une vision, de redonner du sens à la fonction suprême, pouvant tracer de vraies perspectives pour le pays, pour l’Europe, et pour le monde »), son champion jettait piteusement l’éponge.

Dans un livre-entretien avec le journaliste Claude Askolovitch («Pour en finir avec le vieux socialisme... et être enfin de gauche» - tout un programme !), Valls annonce ne pas vouloir « commencer le congrès du PS par le compromis, c’est-à-dire en évitant les questions de fond. » L’immigration ? « La gauche compassionnelle propose d’accueillir tout le monde (…) L’immigration doit être réussie, donc contrôlée.» Les retraites ? «J’accepte une part de financement par l’épargne et le secteur privé.» Les universités ? «Aujourd’hui, on vit dans un dogme et un mythe, celui du libre accès à la fac et du refus de la sélection. En fait, on a la sélection par l’échec.» Autre tabou, l’augmentation des droits d’inscription, «incontournable» selon lui. Le droit social ? « On peut assouplir les règles de licenciement. Mais à condition de mettre en place la sécurité sociale professionnelle. » (extraits cités par Le Point, 24/04/08). De quoi causer quelques crises cardiaques dans un PS qu’il verrait même changer le nom (Entretien avec Le Meilleur des Mondes, printemps 2008), et introduire le gros mot « libéralisme » dans sa déclaration de principes ! « Notre génération a été structurée par la chute du mur de Berlin, la globalisation, le 11 Septembre. Nos références ne sont ni Mai 1968, ni l’Etat providence. Il faut épouser son temps et inventer une nouvelle gauche » (Libération, 20/05/08). De quoi occuper un moment le club de réflexion qu’il vient de lancer : Cercle 21, Gauche et modernité.

A défaut de vision politique stratosphérique, accordons à Manuel Valls un minimum de principes, de bon sens, d’ambition… et de réseaux : membre du Grand Orient de France, comme Alain Bauer (Libération, 01/09/07), il aurait également été de la réunion 2008 du très fermé groupe mondialiste Bilderberg. Il lui reste finalement le plus dur à faire : rallier les socialistes à sa conception du socialisme.

Pour les fans, le site.

 

14 juin 2008

Référendum Irlandais : un trèfle dans le potage

Le 29 mai 2005, près de 70 % des électeurs français s’étaient rendus aux urnes, et plus de 53 % d’entre eux avaient repoussé le projet de constitution européenne qui leur était proposé. Ainsi s’achevait le processus de ratification du traité constitutionnel, qui avait pourtant bien débuté avec le référendum espagnol (76 % de votes favorables, mais seulement 42 % de participation), ce texte se devant d’être ratifié à l’unanimité. Le 1er juin 2005, 61 % des électeurs néerlandais rejettaient pour la forme ce même traité avec un taux de participation de 63 %.

Un nouveau projet de traité fut alors concocté, parfois présenté comme un « mini-traité » ou un « traité simplifié » (145 pages écrites petit, tout de même), et signé par les gouvernements européens le 13 décembre 2007 à Lisbonne. Mais plus question de prendre le risque de consulter des électeurs incapables de prendre la mesure du « rêve européen ». Et ça change tout dès qu’on est entre gens raisonnables : ce sont en moyenne plus de 80 % des élus nationaux européens qui votent pour la ratificaton du traité de Lisbonne ! En France, un des pays où l’on débattit le plus, c’est par 560 voix contre 181 (et 167 abstentions) que le traité a été ratifié par nos parlementaires.

Mais le 12 juin 2008, patatras ! Les électeurs irlandais, les seuls auxquels il était demandé leur avis, ont voté « no » à plus de 53 % (avec un taux de participation de 53 % également, meilleur qu’annoncé), alors que dans le reste de l’Europe, 17 pays avaient déjà passé l’anneau au doigt de leurs peuples réduits au mutisme, les engageant « à l’insu de leur plein gré » dans la copie conforme du traité constitutionnel (*).

Quels ingrats quand même, ces Irlandais ! Après s’être gobergés des mannes financières de l’Europe, voilà qu’ils osent faire la grimace devant le contrat de mariage collectif qu’on leur soumet, entend-on à droite et à gauche. Ainsi, on pourrait acheter un peuple ? Et les bénéficiaires des aides sociales d’une état, n’auraient-ils plus le droit de critiquer sa politique ?

Inadmissible indiscipline, pour notre diplomate en chef, Bernard Kouchner, qui claironnait lundi dernier sur RTL qu’au cas où ces maudits irlandais, qui « ont beaucoup compté sur l’argent de l’Europe », ne voteraient pas comme il faut, « il faudrait continuer, s'acharner, aller très vite, continuer sur les priorités que nous avons définies et puis tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier ».

Que l’Irlande ait bénéficié d’un substantiel concours financièr est indéniable. Des montants variés circulent mais on en est probablement à plusieurs dizaines de milliards d’euros depuis l’adhésion, entre le fonds de cohésion, le fonds structurel, soit jusqu’à plusieurs % du PNB dans les années de vaches maigres. Mais on ne saurait attribuer à cette seule aide le décollage économique de ce «tigre de l’Europe», qui compte aujourd’hui le plus grande nombre d’entrepreneurs par habitant du continent, et dont le produit par habitant dépasse d’un tiers le score français. Ces performances, réalisées après une interminable période de marasme économique et des déficits publics chroniques qui ont persisté une vingtaine d’années après l’adhésion à l’Europe en 1973, l’Irlande ne les doit pas aux seuls transferts financiers (si c’était une simple question d’argent, les pays dits « en voie de développement » seraient rendus à destination depuis belle lurette) : elle le doit aussi à sa propre politique économique et notamment fiscale (qui n’est pas pour rien dans l’installation des géants informatiques Hewlett Packard et Intel dans la bourgade de Leixlip), au dialogue instauré entre patrons, syndicats et fermiers, à un enseignement de qualité à l’écoute des entreprises, et à des performances commerciale dépassant le cadre du marché commun (l’Irlande a exporté jusqu’à l’équivalent de 80% de son PNB il y a quelques années - contre un peu plus de 20 % en moyenne pour la France - et les Etats-Unis étaient son premier client avec 18,7 % des exportations en 2003).  

En tout état de cause, en quoi une aide financière ayant contribué à une performance économique justifierait-elle une perte d’autonomie politique ? Que ferait de décisif une Europe fédérale que des accords entre états souverains coopératifs ne pourraient obtenir ? A-t-on besoin d’une réglementation supranationale venant dicter, au-delà du calibrage des fruits et légumes, les règles de distribution des produits d’épargne (comme pour le livret A français) au nom d’une concurrence absolue ? Devait-on étendre le marché du travail européen jusqu’à des pays où les salaires sont un dixième des salaires français (voire moins lorsqu’on favorise l’entrée en Europe du prolétariat mondial) ? Quelle portée peut avoir ensuite une politique nationale réduite à soutenir le fameux « pouvoir d’achat » à coups de mesurettes comme les heures supplémentaires défiscalisées ? Si un politique étrangère commune, voire une défense européenne, sont souhaitables, quel sens cela a-t-il à 27 ? A moins d’effacer les états-nations et de les remplacer par un empire technocratique…

En attendant, en France, nos gouvernants s’échinent déjà à supprimer de la constitution (désormais subordonnée au droit communautaire) l’obligation de référendum pour toute adhésion d’un pays représentant plus de 5 % de la population de l’Union, ridicule reliquat de démocratie susceptible de retarder lamentablement l’inévitable extension des frontières administratives de l’Europe jusqu’en Asie (et pourquoi s’arrêter en Asie ?).

La question fondamentale n’est donc pas tant de débattre sur le point de savoir si ce steak immangeable qu’est le traité de Lisbonne est pavé de bonnes ou de mauvaises intentions à l’égard de 500 millions d’européens (rappelons que les Etatsuniens ne sont que 300 millions), mais bien que ce débat n’est plus possible. Il y a quelques années encore, on se demandait s’il fallait franchir le pas et aller vers l’Europe fédérale. La question semble avoir été définitivement tranchée en coulisses. Faut-il « violer des fois les peuples un tout petit peu pour leur bien », comme l’a si candidement résumé la journaliste du Point Sylvie Pierre-Brossolette il y a quelques mois ? Mais comment sommes-nous certains que c’est « pour notre bien » lorsque le débat de fond est remplacé par un insupportable bourrage de crâne («l’Europe-c’est-la-paix-et-la-prospérité-alors-il-faut-sortir-l’Europe-en-panne-de-l’ornière-et-la remettre-sur-les-rails-sinon-c’est-la-grosse-catastrophe» - voix métallique) ?

En échange de notre indépendance politique, on nous promet des gadgets comme le « droit d’initiative citoyenne », permettant à un million (!) d’européens de demander poliment à la puissante commission de bien vouloir proposer un projet de loi au parlement européen (vous savez, ces gens qui se passent de l’avis des peuples une fois élus). Mesurez le potentiel proprement révolutionnaire d’un tel dispositif ! Comme le faisait observer Coluche, pour porter plainte contre les flics, faut encore venir au commissariat !

Les gouvernements mondiaux totalitaires d’apparence bienveillante sont un des thèmes récurrents des romans futuristes. N’en prenons-nous pas le chemin ? Les irréductibles Irlandais nous rappellent en tout cas que rien n’est inéluctable.

(*) Plutôt que de passer une heure à le démontrer, je cède la parole à un expert : « Nous avons fait ce traité et nous l’avons mis dans une boîte. Ensuite, on a sorti le jeu de la boîte où il y avait marqué ’’traité constitututionnel’’, on a battu les cartes, puis on les a mises dans une autre boîte où l’on a écrit ’’traité simplifié’’ » (VGE, le 7 février 2008 dans le Grand Journal de Canal +)

06 juin 2008

Petite leçon de tolérance danoise caricaturale

Dans la série de reportages sur les pays de l’union européenne de France Inter, le journal de 7 heures de Bruno Duvic s’est intéressé hier matin au Danemark. Et ce jour-là, l’intervention distraite d’un reporter évoquant la réputation de tolérance qu’avait le Danemark avant l’«affaire des caricatures» a achevé de me réveiller.

Revenons donc quelques instants sur la grande faute du Danemark (en fait l'initiative d'un journal privé).

Le 30 septembre 2005, un quotidien danois conservateur, le Jyllands-Posten, publie douze caricatures du prophète Mahomet. Onze mois auparavant, le 2 novembre 2004, le sulfureux réalisateur néerlandais Theo Van Gogh avait été spectaculairement assassiné par un jeune musulman d’origine marocaine. Après lui avoir vidé son chargeur dans la peau, le fou de dieu avait égorgé sa victime et lui avait planté dans la poitrine un couteau portant une menace écrite à destination de la désormais célèbre députée Ayaan Hirsi Ali. Le crime de Van Gogh et de Hirsi Ali : avoir commis un court métrage, Submission, critiquant la condition de la femme dans l’islam. Voilà de quoi faire réfléchir à deux fois les mécréants ! De fait, le message a été entendu jusqu’au Danemark, où le journaliste Kare Bluitgen se plaignit de ne pas trouver d’illustrateurs pour sa biographie de Mahomet (Koranen og profeten Muhammeds liv).

Chiche, lui dit Flemming Rose, rédac chef des pages culturelles du Jyllands-Posten. Et un peu partout en Europe, d’autres journaux reprennent les fameux dessins. Le résultat ne se fait pas attendre !

Dans les mois qui suivent, les menaces de mort pleuvent sur le Jylland-Posten dont le siège doit être évacué à deux reprises pour des alertes à la bombe. La tête des caricaturistes est mise à prix par des autorités religieuses en Inde, au Pakistan, et une tentative d’attentat est déjouée contre l’un d’entre eux. Des fausses caricatures provocatrices circulent dans les pays musulmans, où des manifestations regroupant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de personnes se multiplient. Au Pakistan, on crie « Ô Dieu donne-moi le courage de tuer les blasphémateurs » et on compte les morts dans les affrontements avec les forces de l’ordre. En Afghanistan, on crie «Mort Aux Danois, mort aux Juifs». En Syrie, les ambassades du Danemark, de Norvège, de Suède et du Chili sont incendiées, celle de France attaquée. Le consulat danois à Beyrouth est mis à feu, des églises et des magasins chrétiens sont lapidés par la foule. D’autres excités mettent le feu au consulat italien à Benghazi, en Libye. A Istanbul, le consulat français est lapidé par les militants d’une organisation islamiste sous l’œil contemplatif de la police, et un autre rassemblement y voit des dizaines de milliers de manifestants conspuer le Danemark, les Etats-Unis et Israël. L’ambassade d’Autriche à Téhéran est saccagée et reçoit des cocktails molotov. Ce sera ensuite le tour des ambassades d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Puis on brûle une croix. Des drapeaux danois sont brûlés par la foule au Bangladesh, en Thaïlande, aux Philippines, en Bosnie… En Palestine, des activistes du Fatah, kalachnikov et lance-grenades en main, brûlent des drapeaux danois et norvégiens devant le bâtiment de l’Union Européenne et une organisation extrémiste avertit que «tout Norvégien, Danois ou Français présents sur notre terre est une cible». En Irak, des groupes chiites réclament une fatwa autorisant l'assassinat des blasphémateurs, tandis que des manifestants brûlent les drapeaux du Danemark, de l'Allemagne et d'Israël ainsi qu’une effigie du Premier ministre danois. Un leader d'Al-Qaeda exhorte : « O musulmans, vengez votre Prophète (…). Nous voulons vivement que le petit État du Danemark, la Norvège et la France, l'ennemie du voile, de la pudeur et qui a nui à Dieu et à son Prophète, soient durement frappés et détruits ». Des émeutes antichrétiennes éclatent au Nigeria et font des dizaines de morts. Des milliers de musulmans descendent dans la rue en Europe, dans le calme comme en France ou en Allemagne, ou dans l'agitation, comme à Londres, où la foule vocifère «Massacrez ceux qui insultent l'islam», «Europe, ton 11 septembre va venir», «Coupez la tête de ceux qui insultent l'islam», «Moques-toi aujourd'hui, tu mourras demain». Et j’en passe.

Sans vouloir généraliser en aucune manière, il n'est pas non plus question dans ces débordements d'individus isolés. Les douze caricaturistes maudits (dont un musulman), eux, vivent toujours dans la crainte pour leurs vies et celles de leurs familles (la sécurité danoise ayant arrêté en février dernier deux tunisiens et un danois d’origine marocaine soupçonnés de préparer un attentat contre eux). Tout ça ne serait-il pas un chouya exagéré pour la parution de dessins dans un journal ?

Certes, on peut comprendre que ces caricatures puissent avoir été mal accueillies par des musulmans, d’une part parce que l’on sait que l’islam proscrit les images du prophète pour éviter que celles-ci ne fassent l’objet d’idolâtries, mais surtout à cause du caractère irrévérencieux des dessins en cause. Mais le Danemark n’est pas une théocratie musulmane, et la liberté de critique jusqu’à la satire de toutes les religions (à commencer par la religion chrétienne, qui en a vu d’autres) y a cours au nom de la laïcité et de la liberté d’expression. Après, on a le droit de désapprouver un article, d’être personnellement blessé par un dessin, un film, qui remettent en cause ou caricaturent votre idéal. Pour ceux-là, au Danemark, aux Pays-Bas, en France et ailleurs en Europe, il y a le courrier des lecteurs, les autres journaux, réacs ou gauchistes, voire les tribunaux (comme ceux que ne manquèrent pas de saisir les musulmans danois, le MRAP contre France Soir ou l’UOIF et la Mosquée de Paris contre Charlie Hebdo). On peut même gueuler un bon coup dans la rue, de préférence sans rien casser, mettre le feu, ni blesser personne ou appeler au meurtre.

C’est ça, la tolérance.

Questions : à quel instant le petit Danemark s’est-il montré intolérant dans toute cette histoire ? Et tout le monde peut-il en dire autant ?

 

03 juin 2008

Holodomor : le génocide par la faim

Si l’on interrogeait les lycéens français sur la signification du mot Holodomor, sans doute certains d’entre eux répondraient-ils qu’il s’agit d’un personnage de la saga Harry Potter. Et comment en serait-il autrement quand, pour certains manuels d’histoire, la collectivisation agricole soviétique n’est que l’expropriation de quelques riches koulaks qui a permis la constitution de fermes collectives tellement plus conviviales. Pour les Ukrainiens, ce sinistre vocable désigne la famine organisée par Staline dans les années 1932-33 pour imposer sa politique tyrannique, et qui s’est soldée par la mort de millions de paysans.

Lorsque les bolcheviks s’emparent du pouvoir en 1917, plus de 80 % de la population de cet état-continent qui deviendra l’URSS vit encore à la campagne. Ils savent parfaitement que ce monde agricole autonome, vivant hors du temps et de leur emprise, sera l’obstacle majeur à l’édification de leur utopique société sans classe dominée par un parti sensé représenter la masse du prolétariat. Mais leur détermination ne fait aucun doute, et dès le 19 septembre 1918, un de leurs leaders historiques, Grigori Kamenev, annonce la couleur dans Severnaia Kommuna : « Nous devons entraîner à nos côtés disons quatre-vingt-dix des cents millions d’habitants de la Russie soviétique. Quant aux autres, nous n’avons rien à leur dire. Ils doivent être anéantis ».

Devenu seul maître du Kremlin en 1928 après avoir évincé Trotsky de la course à la succession de Lénine, il reste à Staline à asseoir son pouvoir sur un parti qui le soutient mais qui ne lui est pas encore soumis. Il lui faut pour cela faire ses preuves en relançant la construction du socialisme par l’achèvement de la collectivisation et par l’industrialisation de l’économie. La parenthèse de la Nouvelle Politique Economique (NEP) se referme et commence l’économie planifiée.

L’Ukraine présente un double enjeu pour Staline : le contrôle de ses terres noires (tchernoziom) d’une fertilité exceptionnelle qui font de ce pays le grenier à blé de l’URSS (car ce sont les exportations de céréales qui financent l’industrialisation), et l’éradication d’une identité nationale rebelle, toujours présente dans les mémoires malgré la perte de l’indépendance, et colportée par les kobzars, pitoyables bardes aveugles qu’il fera fusiller par centaines. Mais, ici comme ailleurs, la priorité reste « l’extermination des koulaks en tant que classe » (selon le mot d’ordre de Staline du 27 décembre 1929). Deux millions d’entre eux (le plus souvent petits propriétaires, parfois victimes de règlements de comptes) seront déportés en quelques années.

En 1930 les régions se voient fixer des quotas arbitraires de réquisitions de céréales. Celui de l’Ukraine est de 7,7 millions de tonnes, sur une production totale de 23,9 millions. Ce chiffre est maintenu en 1931 et en 1932, bien qu’entre-temps la production soit tombée à 14.7 millions de tonnes. Pour atteindre cet objectif ubuesque, représentant en 1932 plus de la moitié des récoltes, des milliers d’activistes fanatisés sont mobilisés pour faire rendre gorge aux paysans récalcitrants, par la torture au besoin. La «loi des épis» prévoit dix ans de camp ou même la mort pour quiconque aura porté atteinte à la « propriété socialiste », ne serait-ce que de quelques épis de blé (d’où le nom de la loi). Mais malgré la brutalité des méthodes employées, un objectif revu à la baisse et les purges politiques, le blé ne rentre plus. Et pour cause, les paysans n’en ont même plus assez pour se nourrir.

Au printemps 1933, la famine s’étend à toute l’Ukraine et certains jours les morts se comptent par dizaines de milliers. Mais pas question de rendre aux mourants de quoi vivre tant qu’ils oseront défier le parti. Car ce ne sont pas les stocks qui manquent à l’Etat : autour des gares des hommes en armes chassent les hordes de zombies venus des campagnes s’agglutiner autour des montagnes de céréales qui pourrissent en plein air, à même le sol. Le long des routes, les corps sont entassés sur le bord de la chaussée. Dans les villes, les cadavres sont ramassés chaque matin et jetés dans des fosses communes. Des cas de nécrophagie sont rapportés. Et aux frontières l’armée rouge veille, empêchant toute évasion de ce gigantesque camp d’extermination qu’est devenue l’Ukraine, pays vaste comme la France. C’est seulement en réalisant qu’il était en train de mettre en péril les précieuses récoltes futures que Staline se résolut à laisser secourir ses « ennemis de classe », avant de les envoyer trimer aux champs pour les semailles. Les villages décimés furent repeuplés de paysans russes.

On estime à six ou sept millions le nombre de paysans qui moururent au cours de ces mois d’apocalypse (dont quatre ou cinq millions en Ukraine, soit un habitant sur cinq ou six). Bien entendu, pas un mot ne filtra dans la presse - quiconque y faisait allusion risquant d’être arrêté. Seuls de rares étrangers purent assister au désastre, et le régime s’empressa de démentir leurs témoignages, offrant à l’été 1933 un « voyage organisé » en Ukraine à Edouard Herriot, qui donna admirablement dans le panneau.

Emprisonnés, fusillés, affamés, chassés de leurs terres, réduits en esclavage sur le chantier du canal de la mer Blanche, déportés dans les camps miniers du grand nord ou les déserts inhabités du Kazakhstan, les paysans libres n’avaient pas leur place dans le cauchemardesque paradis bolchevique. Holodomor inclus, l’historien britannique Robert Conquest estime à 14,5 millions le nombre de victimes directes ou indirectes de la collectivisation agricole soviétique. Contrairement aux prévisions économiques, le «quota Kamenev» d'extermination est dépassé.

En 1946, le dissident Viktor Kravchenko raconta dans son livre I choose freedom les circonstances tragiques de cette collectivisation. Traduit en français, il fut victime d’une féroce campagne de diffamation menée par les communistes et leur revue satellite Les lettres françaises, et dut se défendre devant les tribunaux. Il obtint justice en avril 1949 après avoir bénéficié du témoignage de rescapés des camps soviétiques.

Les 28 novembre 2006, les députés ukrainiens ont voté une loi attribuant le caractère de génocide à cette famine organisée.

Lev Kopelev fut un de ces milliers d’activistes embrigadés en 1932 pour mener la guerre à la classe paysanne. Ce grand sentimental, qui avait vingt ans en 1932, fut condamné pour « humanisme bourgeois » avant de s’exiler en Allemagne. Il raconte : « J’ai vu ce que voulait dire la ‘‘collectivisation totale’’ – comme ils koulakisèrent et dékoulakisèrent, comme ils dépouillèrent sans pitié les paysans, au cours de l’hiver 1932-33. J’ai participé à ça moi-même, j’ai récuré la campagne, à la recherche de grains cachés, sondant la terre avec une baguette pour voir s’il n’y avait pas du grain enfoui. Avec les autres, j’ai vidé les buffets des vieilles gens, retenant mes larmes devant les cris des enfants… Pendant le terrible printemps de 1933, j’ai vu des gens mourir de faim. J’ai vu des femmes et des hommes avec le ventre distendu, virant au bleu, respirant encore mais avec les yeux vides, sans vie. Et des cadavres – des cadavres vêtus de manteaux de peau de mouton en haillons et de pauvres bottes de feutre, des cadavres dans des cabanes de paysans, dans la neige fondue de la vieille Vologda, sous les ponts de Kharkov. J’ai vu tout cela et je ne suis pas devenu fou. Je n’ai pas maudit non plus ceux qui m’avaient envoyé prendre leur grain aux paysans pendant l’hiver et le printemps, convaincre ces gens enflés ou squelettiques, qui pouvaient à peine marcher, d’aller aux champs afin‘‘de remplir le plan de semailles bolchevique à la manière des ouvriers de choc’’. Je n’ai pas perdu ma foi non plus. Comme auparavant, j’ai cru parce que je voulais croire. »

C’était il y a tout juste 75 ans, mais on parcourt en vain les pages du Monde : qu’est donc l’éradication de millions de gueux réactionnaires dans une si lointaine contrée (la frontière ukrainienne est aussi proche de Paris que celle du Maroc), en comparaison de ce tremblement de terre cosmique que fut mai 1968 ? Il est vrai que les révolutionnaires mondains qui s’opposèrent courageusement à la dictature fasciste de l’homme du 18 juin 1940 sont aujourd’hui infiniment plus nombreux dans les rédactions parisiennes que les descendants de n’importe lequel de ces malheureux qui payèrent de leur vie le prix d’un « monde meilleur ».

31 mai 2008

Les Indigestes de la République

C’est durant les débats qu’a suscité l’élaboration de la loi du 23 février 2005 enjoignant aux programmes scolaires de reconnaître le rôle positif de la présence française outre-mer, qu’a été lancé l’appel «Nous sommes les ‘‘Indigènes de la République’’» qui aboutira à la constitution le 26 janvier 2006 de l’association éponyme. Appelant à la tenue d’assises de «l’anticolonialisme postcolonial» (sic), les Indigènes affirment que leur identité n’est ni ethnique, ni religieuse, ni culturelle, ni «à base d’origine» - ce qui ne saute pas véritablement aux yeux.

L’association, qui bénéficie du soutien actif de quelques tuteurs idéologiques (échantillon après l’article), prend rapidement le télégénique visage de sa porte-parole, Houria Bouteldja. L’impétrante, dont le c.v. n’a en soi rien d’extraordinaire (née en 1974 en Algérie, études de LEA arabe-anglais, attachée commerciale), a fait ses preuves d'activiste en s’opposant en 2004 au projet de loi contre le port de signes religieux à l'école, cosignant pour l'occasion un fumeux pensum intitulé « Le voile à l'école : une nouvelle affaire Dreyfus » (26 janvier 2004, le collectif Les mots sont importants, voir à la fin de l’article). Elle a également participé en 2003 à la fondation d’un groupuscule féministe (Les Blédardes) supposé faire la nique aux médiatiques Ni Putes Ni Soumises, coupables à ses yeux de trop kiffer une République et des « Lumières » forcément colonialistes et racistes et de stigmatiser le machisme de certains immigrés musulmans (11 mai 2006, Contretemps n° 16) - sans ces précisions, la réaction de Bouteldja à l’entrée de Fadela Amara au gouvernement (« il y a une promotion à l'islamophobie et au racisme ») est incompréhensible. Les gauchistes mondains de Charlie-Hebdo se font, eux, carrément traiter de « néo-doriotistes » pour avoir publié les fameuses caricatures danoise du prophète Mahomet. Mais au-delà, c’est toute une « certaine gauche » (et le parti socialiste est cité) qualifiée de « national-populiste » qui se voit accusée rien moins que de « dérives racistes » (« Les habits neufs du Doriotisme », 23 février 2006, sur le site communautaire musulman Oumma.com).

Le 14 avril 2007, les Indigènes organisent un rassemblement à la Fontaine des Innocents. Mustafa Al Ayyubi, pour ReSPUBLICA (gauche républicaine), raconte (n°529) : « Dans l'assistance, les Jeunesses Communistes Révolutionnaires vendent leur journal Red, on distribue le tract du prochain meeting de José Bové à Paris, et, plus effrayant, la prose du groupe négationniste La Vieille Taupe est diffusée de la main à la main. (…) La responsable de la journée (Bouteldja) s'étrangle face à l'"ordre raciste blanc" (…) ("on nous oblige à l'intégration par le jambon") (…) reste aussi à déceler les traîtres à la cause, les collabos, les renégats : "nous ne sommes pas tous des Fadela Amara, des Malek Boutih, des Fodé Sylla, des Azouz Begag." (…) Nous sommes pour la résistance palestinienne, qu'elle s'appelle Hamas ou pas, Hezbollah ou pas ».

Mais l’égérie des Indigènes sait également faire profiter les téléspectateurs de sa sinueuse réthorique, et notamment ceux de l’émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddeï (France 3), où l’on s’ennuie rarement. Ainsi, le 5 décembre 2006, c’est un Finkielkraut médusé qui reçoit, après cette précision capitale (« dans le monde arabe et dans le monde qui n’est pas européen de manière générale, la question du génocide des juifs n’a pas la même centralité historique qu’en Europe »), une hallucinante tirade pro-terroriste : « Monsieur Finkielkraut est un sioniste, il est tout à fait normal qu’il défende sa chapelle et qu’il fasse son travail de sioniste (…) Jean Moulin était considéré comme un terroriste par les Allemands. Donc il n’y a pas de résistance propre. Aujourd’hui le Hezbollah et le Hamas sont des organisations, des mouvements politiques qui sont élus démocratiquement, et ce sont effectivement des résistants ». Elle affirme dans la même émission, au prétexte de quelques supporters au bras érectile, que c’est l’identité même de la France qui doit disparaître : « il faut dénationaliser l'histoire de France. Il faut arrêter avec le mythe des gaulois. Les français ne sont pas les hériters des gaulois, c'est un patchwork, c'est une société hybride. J'ai le sentiment que l'identité française est construite autour de la chrétienté et de l'européanisme c'est à dire du fait qu'on est blanc de peau (...) Tant que l'identité française sera construite autour de ces identités là, c'est à dire des identités nationales, nous Arabes, musulmans - c'est pour ça qu'on s'intitule indigènes - nous serons toujours des étrangers. Je crois qu'il faut faire exploser cette identité franco-française ». Et ça ne marche pas dans l’autre sens ? L’édition du 21 juin 2007 restera également dans les annales. S’offusquant qu’on puisse parler de l’éducation de certains habitants des « quartiers », la fâcheuse estime que « c'est le reste de la société qu'il faut éduquer (...) c'est le reste de la société occident... enfin, de ceux qu'on appelle, nous, les "souchiens" - puisqu'il faut bien leur donner un nom, les blancs - à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation ». Souchiens… Ce soir-là, tout le monde a entendu « sous-chiens ». Mais hormis l’hebdomadaire Marianne, qui dénonce le 30 juin « Une Petite leçon de racisme », le silence médiatique sur ce dérapage contrôlé a été assourdissant.

Alors une fois que les bornes sont franchies, n’est-ce-pas, il n’y a plus de limites. Et les Indigènes de se lancer dans l’organisation d’une « marche décoloniale » (sans déc ?) qui se veut historique. La date choisie (le 8 mai 2008) n’a rien de fortuit, et au prétexte de commémorer la mémoire des victimes de la répression des émeutes de Sétif en 1945 (dont la violence, pourtant bien réelle, n’est rien en comparaison des exactions du FLN après l’indépendance), on célèbrera une victoire : celle de… Dien Bien Phu ! L’affiche de la manifestation appelle texto les « immigrés, habitants des quartiers, noirs musulmans et arabes » (à part ça l’identité des Indigènes n’est en rien « à base d’origine ») à défiler « contre la République raciste et coloniale ». Le site internet du mouvement se félicite du soutien apporté par l’écrivain martiniquais « anticolonialiste » Raphaël Confiant (qui emploie à l'occasion le vocable d’« innomables » pour désigner les Juifs, car la loi lui interdirait de les nommer).

Le jour venu, avec le feu vert des pouvoirs publics, combien sont-ils à vociférer « Non à l’intégration par le jambon » ou à brandir les portraits de Cheikh Yassine (feu le fondateur du sanglant Hamas, présenté comme un martyr de la « lutte anticolonialiste ») ? Quelques centaines au plus.

Comble du ridicule, la chef tombe même dans le piège que lui tend un reporter du très droitier site d’information e-deo en même temps qu’un micro. Faisant observer, faussement ingénu, que les hôpitaux et les écoles sont tout de même des aspects positifs de la colonialisation, il met littéralement la cruche en transe : « Le nazisme a… a crée des autoroutes. C’est pas… on peut pas dire… on peut pas dire… on peut pas considérer que, grâce au na… on peut pas dire qu’il y a eu du positif du nazisme, parce qu’il y a eu des autoroutes ! »

L’idiote n’aura même pas retenu de ses cours d’histoire que les nazis construisaient les autoroutes chez eux, et, chez les autres, des camps de concentration. Pas plus qu’elle n’aura été frappée par l’étonnante mansuétude à son égard de cet Etat fasciste qu’elle dénonce.

Pour finir sur une note plus rigolote, voici un extrait du portrait de Houria Bouteldja par l’impayable site La République des Lettres (24 juillet 2007), probablement écrit sous l’emprise de l’alcool : « D'une grande clairvoyance politique, animée de convictions profondes, intelligente et charismatique -- elle électrise littéralement les plateaux télé -- Houria Bouteldja combat l'islamophobie latente des blancs occidentaux et l'ordre post-colonial français ». Hic !

Quelques-uns des promoteurs de cette déplorable entreprise :

Christine Delphy, chercheuse au CNRS. Pour cette féministe enragée qui a participé à la création du MLF, les femmes constituent une classe victime d’un « ennemi principal » (titre de son article publié en 1970 dans la revue « Partisans » de François Maspero, et repris dans deux de ses livres édités par Syllepse en 1998 et 2001), qui contraint ces malheureuses à fournir des « services domestiques gratuits ». Selon cette théorie très populaire au sein de la LCR, les femmes trouveront leur bonheur dans « la destruction totale du système de production et de reproduction patriarcal ».

Corinne Perron, représentante en France de l’Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités (USTKE), syndicat révolutionnaire réputé pour sa brutalité, proche du FLNKS, de la CGT et, depuis plusieurs années, de la Confédération Paysanne de José Bové.

Pierre Tévanian, jeune normalien et prof de philo, cofondateur avec Sylvie Tissot du collectif Les Mots sont Importants, véritable opération de lavage de cerveau où l’on peut lire de laborieuses critiques du sens courant de quelques mots choisis, comme Antisémitisme, Communautarisme, Insécurité, Laïcité, République etc. A déguster également : « Fragments du champ politique blanc »). On lui doit par ailleurs quelques ouvrages aux titres évocateurs, comme « Le racisme républicain. Réflexions sur le modèle français de discrimination » (2002), « Le ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire » (2004), « Le voile médiatique. Un faux débat : l'affaire du foulard islamique » (2005).

Sylvie Tissot, sociologue qui a passé son doctorat à l’EHESS, cofondatrice avec Pierre Tévanian du collectif évoqué ci-dessus. Après avoir trouvé «La parole et le projet comme remède pour les ''quartiers sensibles''» (article de l’ouvrage Démocratie et management local, Dalloz, 2004), elle réfléchit et se demande finalement « Y a-t-il un ''problème des quartiers sensibles’’ ? » (French Politics, Culture and Society, 24, n° 3, Winter 2006).

PS - La police a fini par remarquer l'existence des "Indigènes" (Le Figaro, 13/06/08).

28 mai 2008

Lamy du marché

«Il y a une dose de xénophobie dans le protectionnisme». C’est sous ce titre racoleur que le quotidien Libération a publié le 23 mai un long entretien avec le président de l’Organisation Mondiale du Commerce, le français Pascal Lamy. Plus que le fond (on n’attendait pas vraiment du patron d’un des piliers de la mondialisation qu’il s’aligne sur Attac ou Villiers), c’est la forme qui est intéressante. Car voici l’avis tout en nuances de Lamy sur le protectionnisme :

«Dans les années 30, l’effet domino de pratiques protectionnistes, consécutif à la crise financière, et mêlé à la xénophobie a, parmi d’autres causes, conduit à la guerre mondiale. Je ne connais aucun protectionnisme qui ne porte une dose de xénophobie et de nationalisme. C’est sur le «plus jamais ça» d’après-guerre que s’est bâti le système actuel. Sur fond de règles communes, de réciprocité et d’évolution pragmatique. OMC, FMI et Banque mondiale sont nés de cette matrice…»

Evidemment, si le protectionnisme c’est la guerre mondiale et le retour de la peste, le débat est clos. A noter que Lamy place la xénophobie et le nationalisme sur le même plan, comme si aimer sa famille conduisait immanquablement à haïr ses voisins (en tout cas, on a compris que les frontières ce n’est pas bon pour les affaires). Et voilà l’OMC, le FMI et la Banque mondiale élevés au rang d’icônes de la paix et de la prospérité retrouvées.

Au cas où ce coup de massue n’aurait pas suffi, Lamy rajoute plus loin : «Si les Egyptiens devaient produire toutes les céréales qu’ils consomment, il n’y aurait plus une goutte d’eau dans le Nil !»

Et voilà le travail. Par le truchement de deux armes de destruction massive (le terrorisme intellectuel et le chantage sentimental), Lamy met un terme au débat sur le protectionnisme.

Pour ne pas employer les mêmes procédés que lui, je ne suggérerai donc pas à Pascal Lamy que les excès de la libre concurrence pourraient s’apparenter à une forme d’eugénisme social.

Je lui ferai cependant observer que l’Egypte n’est pas le problème. Ainsi, comme producteur de blé, le pays des pharaons ne s’en sort pas si mal (100 à 110 kg par habitant selon les années, à comparer avec l’Italie, entre 100 et 140, ou l’Espagne, entre 90 et 160). Mais aussi, les produits égyptiens représentent moins de 0,1 % de nos importations, et notre balance commerciale est largement excédentaire.

Il est par contre un pays qui vient de se hisser à la vitesse de l’éclair au cinquième rang de nos fournisseurs (après l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne, mais devant les Etats-Unis et le Royaume-Uni). Ce pays, le plus peuplé de la planète, c’est la Chine, dont les exportations vers la France ont été multipliées par sept depuis 1995 pour atteindre 28 milliards d’euros en 2007, creusant un déficit abyssal de 19 milliards d’euros. Chacun peut aujourd’hui se livrer au petit jeu consistant à trouver dans la grande distribution un vêtement, un téléphone, un jouet, ou même un meuble (comme chez le « suédois »  Ikea) qui ne soit pas estampillé « Made in China ».

Ces produits ne sont pas rares en France comme la pluie en Egypte, pour que nous soyons tenus de les importer. Ils sont simplement produits par des ouvriers payés quelques dizaines d’euros par mois. Et que ceux qui affirment que la France y gagne à échanger ces menus produits manufacturés bon marché contre le produit des fleurons de sa technologie nous explique d'où sortent ces 19 milliards d’euros de déficit commercial avec la Chine (contre 2 milliards en 1995). Sans compter que les premières voitures chinoises sont déjà disponibles, en attendant les avions. Combien de bouteilles de vin de Bourgogne et de tomes de chèvre cela représente-t-il ?

Certaines multinationales trouvent peut-être leur compte dans une concurrence mondiale débridée, mais assurément pas la société française, sacrifiée sur l’autel de la maximisation du profit mondial.

On n’en attendait pas moins de Pascal Lamy, membre présumé du club ultramondialiste Bilderberg (Bilder… quoi ?), énarque et socialiste mais nommé à la tête de l’OMC avec l’appui de Chirac (le FMI devant à Sarkozy d’être présidé par un autre socialiste, DSK). Mais que fait l’Europe, dont on nous serine qu’elle fait notre force face au reste du monde ? (lire « Hollando mondialisme »).

Il va donc falloir y mettre du sien. Pour ma part, j’ai fait récemment l’acquisition d’une essoreuse à salade dont je suis pleinement satisfait. Mais surtout, elle est certifiée «Made in France». Comme disait l’autre : «nos emplettes sont nos emplois».